Vidéo tournée au CHU d’El Harrach: Poursuites judiciaires contre une infirmière

Une vidéo partagée sur TikTok a déclenché une vague d’indignation en Algérie après avoir montré une infirmière filmant la préparation mortuaire d’un défunt dans un établissement hospitalier. La séquence, rapidement relayée sur les réseaux sociaux, a été jugée indécente et contraire aux principes de la profession, soulevant des interrogations sur le respect de la dignité humaine dans les structures de santé.

Le ministère de la Santé n’a pas tardé à vivement réagir, et dans un communiqué officiel rendu public ce samedi, il a dénoncé un acte « inhumain » et « contraire aux valeurs religieuses, humaines et professionnelles » du secteur sanitaire. L’infirmière, identifiée comme l’auteure de la vidéo, apparaît en train de filmer les derniers soins apportés à un corps sans vie, dans un cadre hospitalier. Le ministère a annoncé l’ouverture de poursuites judiciaires à son encontre, affirmant qu’« aucune atteinte à la dignité du défunt ni aux sentiments de sa famille ne saurait être tolérée ».
Le CHU Salim Zemirli d’El Harrach, où les faits se seraient déroulés, a suspendu l’infirmière en question dès le lendemain, en attendant les résultats des enquêtes administratives et judiciaires. L’établissement a qualifié l’incident de « grave atteinte aux droits du patient, même après sa mort », soulignant une violation manifeste des normes déontologiques.
Ce n’est pas la première fois que de tels comportements alimentent la colère de l’opinion publique. En décembre 2018 déjà, des employées d’une morgue avaient été filmées en train de s’amuser au son de musiques de TikTok dans un service hospitalier, ce qui avait déclenché une polémique nationale. En juillet 2020, un autre incident avait bouleversé l’opinion publique : le corps d’un patient avait été retrouvé à même le sol dans un hôpital de Sidi Aïssa, une vidéo montrant la scène ayant circulé massivement sur les réseaux. Les autorités avaient été contraintes d’ouvrir une enquête et de rappeler à l’ordre les établissements sur l’importance de préserver la dignité des patients, même après leur décès.
La controverse de ces derniers jours remet au centre du débat l’état du secteur hospitalier et la fragilité de l’éthique médicale dans un contexte de crise. Les réactions en ligne traduisent un sentiment d’abandon : beaucoup dénoncent une dérive morale qui, selon eux, découle aussi des conditions difficiles dans lesquelles travaillent les soignants. Le manque de moyens, la surcharge des services et la pression sociale permanente alimentent des comportements qui s’éloignent parfois des principes de la profession.
Contactée par nos soins, une médecin exerçant dans un dispensaire de Belgaïd confie son malaise face à ces images. « Ce qui s’est passé est inadmissible, cela ne représente pas la majorité des soignants. La plupart d’entre nous faisons ce métier par vocation et avec beaucoup de sacrifices. Mais il est vrai que la fatigue, le manque de reconnaissance et les conditions précaires peuvent créer des dérives. Ce n’est pas une excuse, mais un signal d’alarme. Nous avons besoin d’un encadrement plus strict et d’une meilleure formation à l’éthique médicale », explique-t-elle.
Pour de nombreux Algériens, cet incident illustre un problème plus profond : la perte progressive de confiance entre patients et institutions médicales. Alors que les autorités sont appelées à réagir, les citoyens attendent des mesures concrètes pour restaurer la dignité et l’image du secteur de la santé, souvent critiqué pour ses défaillances structurelles. La diffusion de cette vidéo rappelle que l’hôpital ne doit jamais être un lieu de spectacle, mais un espace de soins, de respect et d’humanité.
Le ministère de la Santé conclut en réaffirmant son engagement à faire respecter la dignité des morts et à appliquer strictement les règles professionnelles dans les structures de santé. Une affaire qui pourrait bien redéfinir les limites du comportement acceptable dans le cadre hospitalier algérien.
O.A Nadir

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