Locomotive des exportations hors hydrocarbures

Alors que l’économie nationale cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, l’Algérie mise sur l’un de ses atouts industriels les plus solides : le ciment. Fortement excédentaire dans ce domaine, le pays ambitionne désormais de s’imposer comme un acteur majeur sur les marchés régionaux et internationaux. Depuis 2020, la stratégie adoptée par le président Abdelmadjid Tebboune s’oriente clairement vers la valorisation de ce potentiel, avec un cap : faire du ciment et du clinker une locomotive des exportations hors hydrocarbures.
L’Algérie dispose aujourd’hui d’une capacité de production annuelle estimée à plus de 40 millions de tonnes de ciment, alors que la consommation nationale n’excède pas 22 millions de tonnes. Cet excédent structurel, évalué à environ 18 millions de tonnes, constitue un gisement stratégique pour les exportations.
Dès 2020, le Président Tebboune avait insisté sur la nécessité de transformer cet excédent en ressource économique. « L’Algérie ne doit plus importer ce qu’elle peut produire et doit exporter ce qu’elle produit en surplus », déclarait-il lors d’un Conseil des ministres. Cette orientation a été réaffirmée en 2021 avec l’objectif de positionner le ciment parmi les produits phares des exportations hors hydrocarbures, aux côtés des engrais, du phosphate et des produits sidérurgiques.
Entre 2020 et 2024, les exportations algériennes de ciment et de clinker ont progressé régulièrement. Selon les chiffres du ministère du Commerce extérieur, environ 2 millions de tonnes ont été exportées, principalement vers l’Afrique de l’Ouest en 2020. Deux ans plus tard, plus de 6 millions de tonnes ont été exportées, dont une part significative vers les marchés européens et méditerranéens. L’année dernière, ce sont près de 10 millions de tonnes qui l’ont été, générant plus de 500 millions de dollars de recettes.
Cette progression témoigne du dynamisme du secteur, mais reste en deçà des ambitions affichées. L’Algérie pourrait théoriquement exporter jusqu’à 15 millions de tonnes par an si les infrastructures logistiques étaient adaptées et si de nouveaux marchés étaient conquis.
Des chiffres à améliorer
Malgré son potentiel, le secteur reste confronté à plusieurs défis. Les infrastructures portuaires, essentielles pour l’exportation de produits pondéreux comme le ciment, souffrent de saturation et de coûts logistiques élevés. Les opérateurs pointent du doigt la lenteur des procédures et l’insuffisance des zones de stockage spécialisées dans les ports.
À cela s’ajoute la question du financement. Les exportateurs estiment que les mécanismes bancaires actuels ne sont pas toujours adaptés aux spécificités du commerce international du ciment, qui nécessite des facilités de crédit souples et rapides pour être compétitif face à des géants comme l’Égypte, premier exportateur africain de ciment.
Conscient de ces limites, le chef de l’Etat a donné des instructions claires dès 2023 : développer des ports dédiés exclusivement à l’exportation du ciment et du clinker. Cette orientation vise à réduire les coûts logistiques et à fluidifier les opérations de chargement, tout en assurant une meilleure visibilité aux opérateurs économiques.
Parallèlement, le gouvernement encourage la diversification des débouchés. Si l’Afrique subsaharienne reste la destination privilégiée — notamment le Mali, le Niger et le Sénégal — l’Algérie entend aussi se positionner sur les marchés européens et moyen-orientaux, où la demande reste soutenue. Des discussions ont été engagées avec plusieurs partenaires méditerranéens pour consolider cette stratégie.
Par ailleurs, l’Algérie ambitionne de franchir un nouveau palier d’ici 2030. Selon les projections du ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur, le pays pourrait exporter jusqu’à 15 à 18 millions de tonnes par an, générant des recettes avoisinant 1 milliard de dollars.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs leviers sont identifiés comme la mise en service de terminaux spécialisés pour le ciment et le clinker ; l’augmentation des capacités de production grâce à de nouvelles cimenteries et à la modernisation des unités existantes ; l’intégration plus poussée dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), afin de faciliter l’accès aux marchés africains et l’adaptation progressive des cimenteries aux normes environnementales internationales, un critère de plus en plus décisif dans les appels d’offres internationaux.
M. Salah
