Ce que j’en pense: La Ligue des Boabdil
Par Moncef Wafi
Ce n’est pas la Ligue des justiciers, ni celle des Champions, encore moins la Ligue des gentlemen extraordinaires. Loin de là, évitant comme la peste et les embouteillages d’Alger, les interprétations maladroites ou les soupçons de révolte de palais, ils réécrivent leur histoire, à genoux, en ordre de retraite.
Dénoncer, condamner, certes, toutefois sans froisser les sentiments de celui qui vole votre maison et viole votre fille. Qui de mieux qu’eux pour connaître le poids des mots, incapable d’assumer celui de l’humiliation. Qui de mieux qu’eux pour se prosterner, museau dans le sable fétide de l’arabité, devant les rangers de leurs samaritains. Qui de mieux qu’eux pour enfoncer la dague de la trahison entre les omoplates du frère. Qui de mieux qu’eux pour exhiber la blancheur de leurs fausses dents pour mordre à la carotide le cousin.
Eux, ce sont les preux chevaliers de la légendaire Ligue des nations arabes. Un parterre de fougueux mousquetaires, toujours prompts au duel, prêts à relever la moindre offense pour tirer l’épée de son fourreau. Gardiens immuables de la pérennité ancestrale, dernier bastion contre la menace extérieure, leurs bâillonnâtes sont tournées vers l’intérieur des murs. Les leurs. Leurs miradors éclairent outrageusement les toits, cherchant fébrilement à débusquer tout tag portant atteinte à l’ennemi intime. Ils traquent ceux qui scrutent l’horizon, portant loin le doigt et le regard jusqu’aux confins du désert des tartares, accusés d’applaudir les mains étrangères.
Alors, ils assument sans vergogne leur lâcheté héritée, heureux d’avoir encore une ombrelle protectrice au-dessus de leurs têtes enturbannées. Ils ont porté atteinte à l’honneur en lui associant leur destin en décomposition et ont remplacé les Mongols par les Turcs avant de parler anglais sous le protectorat de Londres. A la fin, ils ont pris pour maître les tueurs d’Indiens tout en priant hébreu.
Et depuis la chute de Grenade et les pleurs de Boabdil, tous les présidents de la Ligue de la honte s’appellent Boabdil.