EHU : La qualité des soins d’urgence en débat

L’Établissement hospitalier universitaire (EHU) 1er Novembre 1954 d’Oran a abrité, hier, les premières journées nationales des urgences médico-chirurgicales, placées sous le thème de la qualité de la prise en charge et de la modernisation de l’organisation des services d’urgence en Algérie. Ces journées, organisées par le service des urgences médico-chirurgicales de l’EHU, ont rassemblé de nombreux praticiens, enseignants, responsables de structures de santé et experts venus de plusieurs wilayas du pays. Elles ont permis d’évaluer les dispositifs existants et de réfléchir collectivement à des mécanismes plus efficaces de réponse face aux urgences vitales.
En marge de l’ouverture des travaux, la cheffe du service des urgences médico-chirurgicales, Pr Benali Amar Dalila, a expliqué que cette rencontre vise à « présenter l’expérience du service en matière de gestion et d’organisation des urgences, mais aussi à établir des passerelles de coordination entre les différents établissements hospitaliers ». Selon elle, « le service des urgences est le baromètre du bon fonctionnement de tout hôpital, car il concentre les situations les plus critiques et les plus sensibles ».
Le programme scientifique de ces journées comprend plusieurs communications portant sur la prise en charge des polytraumatisés, des détresses vitales respiratoires et hémodynamiques, ainsi que des urgences chirurgicales les plus fréquentes. L’objectif est de proposer des parcours de soins adaptés aux besoins réels des patients et de renforcer la coordination entre les différents niveaux d’intervention, du triage initial à l’hospitalisation.
Le Pr Benali Amar a indiqué que le service des urgences de l’EHU d’Oran reçoit chaque jour entre 400 et 550 patients, un chiffre considérable pour une structure de cette taille. Cependant, seuls 16 à 20 % de ces cas relèvent de véritables urgences vitales, le reste correspondant à des affections mineures. «Cet afflux massif s’explique par le sentiment de sécurité et de compétence que suscitent les grands centres hospitaliers », a-t-elle expliqué, ajoutant que ce phénomène pèse lourdement sur les équipes médicales et ralentit la prise en charge des cas graves.
Afin d’y remédier, la Direction de la Santé et de la Population (DSP) de la wilaya d’Oran travaille, en coordination avec les responsables hospitaliers, à la création d’une “ceinture d’urgences” autour de l’EHU et du CHU d’Oran. Ce dispositif vise à renforcer les capacités des polycliniques et établissements de proximité pour qu’ils puissent traiter les urgences simples, désengorgeant ainsi les grands hôpitaux.

La nécessité de la formation continue

Ces journées scientifiques se veulent également un espace de formation et de partage d’expériences entre praticiens, dans une logique d’amélioration continue. Plusieurs ateliers pratiques et tables rondes ont été organisés autour de la gestion du triage, des protocoles de réanimation, des circuits patients ou encore du rôle du personnel paramédical dans la chaîne d’urgence.
Pour Mammeri Miussa, directeur administratif et technique du service des urgences de l’EHU d’Oran, cette rencontre s’inscrit dans un contexte de réforme nationale du dispositif d’urgence. « Depuis juillet 2025, un nouveau référentiel ministériel encadre l’organisation des services d’urgence. Il fixe des standards en matière de triage, de délais de prise en charge et de communication entre services. L’EHU d’Oran applique déjà la majorité de ces recommandations », a-t-il précisé.
Les participants ont insisté sur la nécessité d’adapter l’organisation des urgences aux spécificités du système de santé algérien, marqué par des disparités régionales et une forte concentration des moyens dans les grandes villes. La mise en place de réseaux de régulation médicale, le développement de la télémédecine et la valorisation des ressources humaines figurent parmi les pistes évoquées pour améliorer la réactivité du système.
Les échanges ont également mis en avant l’importance de la formation continue et du travail en équipe pluridisciplinaire, considérés comme essentiels pour maintenir un haut niveau de compétence face à la diversité des cas rencontrés.
En clôture de la première journée, le Pr Benali Amar a souligné que ces rencontres « doivent contribuer à une culture commune de l’urgence, fondée sur la rigueur scientifique, la rapidité d’intervention et le respect du patient ». Elle a ajouté que l’EHU d’Oran « entend poursuivre son rôle de pôle d’excellence en médecine d’urgence, en participant activement à la réflexion nationale sur la modernisation du système hospitalier ».

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