Plus de 385.000 articles saisis en neuf mois: La contrefaçon se digitalise en Algérie

Les services des Douanes ont saisi 387.026 articles contrefaits durant les neuf premiers mois de l’année 2025, a annoncé mardi à Alger Celia Hakimi, cheffe du Bureau de lutte contre la contrefaçon à la Direction générale des Douanes (DGD).
Un chiffre en nette hausse par rapport à 2024, confirmant l’ampleur croissante d’un phénomène devenu transversal, touchant aussi bien les marchés physiques que les réseaux numériques.
Intervenant lors d’un séminaire international consacré à la lutte anti-contrefaçon, Mme Hakimi a précisé que les produits saisis étaient composés principalement de logos (36,1 %), de dentifrices (33,4 %), de vêtements (20,1 %) et de chaussures de sport (6,1 %). La majorité de ces marchandises provenaient de Chine et de Turquie, deux pays régulièrement cités dans les circuits d’importations illégales.
Par comparaison, l’année 2024 n’avait enregistré que 83.648 articles saisis pour suspicion de contrefaçon. Les produits interceptés concernaient alors majoritairement des tiges de chaussures de sport, des tenues pour enfants et des pièces de rechange.
Cette explosion des saisies en 2025 traduit, selon les Douanes, une surveillance renforcée, mais aussi une circulation accrue de produits contrefaits sur le marché algérien, nourrie par la contrebande transfrontalière, le commerce informel et le commerce en ligne.
Menace économique et sanitaire
La contrefaçon n’est plus un simple phénomène commercial marginal. Elle représente une perte financière significative pour les entreprises nationales, prive l’État de revenus fiscaux et fragilise les secteurs productifs. Les produits pharmaceutiques, cosmétiques, alimentaires ou de soins d’hygiène figurent aujourd’hui parmi les marchandises les plus surveillées, en raison des risques sanitaires graves qu’ils peuvent engendrer.
La saisie massive de dentifrices contrefaits en 2025 illustre la dangerosité du phénomène : ces produits, vendus dans les marchés informels ou sur les plateformes numériques, échappent à tout contrôle de qualité. Les experts présents au séminaire ont rappelé que certains de ces articles contiennent des substances toxiques ou non conformes, exposant les consommateurs à des risques d’intoxication, d’allergies ou de complications médicales.
Les contrefaçons vestimentaires et de chaussures sont, quant à elles, souvent produites à partir de matériaux non certifiés, susceptibles d’être inflammables ou allergènes.
Les réseaux criminels tirent profit de la forte demande pour des produits de marque à prix réduits, faisant de la contrefaçon un business lucratif, alimenté par l’économie informelle et la fraude douanière.
Depuis la mise en place, en 2007, d’un système spécifique de saisie des marchandises contrefaites, près de 15 millions d’articles ont été interceptés. À ce jour, 778 demandes d’intervention ont été déposées, donnant lieu à 584 alertes.
La responsable de la DGD rappelle que les Douanes disposent d’un cadre juridique précis : le Code des Douanes et l’arrêté ministériel du 15 juillet 2002 interdisent formellement l’importation et l’exportation de marchandises portant atteinte aux droits de propriété intellectuelle. Les services douaniers peuvent agir à la demande des titulaires de marques, mais aussi de leur propre initiative, grâce à des procédures de contrôle ciblé. Ainsi, et durant les trois premiers trimestres 2025, 29 demandes d’intervention ont été déposées par des propriétaires de marques, aboutissant à 28 alertes.
Pour Hakimi, l’efficacité du dispositif dépend désormais d’une coopération institutionnelle renforcée, d’une amélioration de la législation ainsi que d’une sensibilisation du public aux dangers des produits falsifiés.
Le numérique, nouveau terrain de jeu
Le séminaire a également mis en lumière un phénomène en forte expansion : la contrefaçon en ligne.
Selon Toufik Bouzina, chargé des litiges à l’Institut national algérien de la propriété industrielle (INAPI), le numérique facilite la diffusion de faux produits via les réseaux sociaux, les plateformes de vente et les sites étrangers difficilement traçables. En 2024, l’INAPI a enregistré 78 contentieux civils liés à la contrefaçon, contre 59 en 2023. Par ailleurs, les forces de sécurité ont sollicité l’Institut dans 233 demandes d’information, principalement émanant de la Direction générale de la Sûreté nationale, de la Gendarmerie nationale et des Douanes.
Mais l’essor des plateformes numériques rend le contrôle complexe : fausses adresses, paiements électroniques non traçables, comptes anonymes, livraison via des réseaux parallèles.
Bouzina a aussi soulevé un enjeu émergent : le flou juridique autour des créations générées par l’intelligence artificielle, une technologie qui peut produire des modèles, logos ou dessins proches de marques existantes, sans cadre juridique clairement défini.
Les experts ont ainsi alerté sur les impacts économiques et sociétaux de la contrefaçon dont la perte de parts de marché pour les entreprises nationales, le manque à gagner fiscal pour l’État, l’atteinte à la sécurité des consommateurs ainsi que le financement potentiel de réseaux criminels.
G. Salima
