Saisies record de kif traité: Retour sur les filières occultes
Derrière une simple interception routière se cachait l’un des plus vastes réseaux de trafic de stupéfiants démantelés dans le pays à la fin des années 2000. Saisies record, filatures, aveux et ramifications nationales et internationales : l’enquête menée par les services de sécurité a mis au jour une organisation structurée, active dans l’acheminement et le blanchiment de tonnes de kif traité.
Le 9 mai 2009, à l’issue d’une filature engagée sur l’axe menant vers Médéa, les services de sécurité interceptent un fourgon Renault Master après qu’il a évité un barrage douanier à Remchi. Alertés par les éléments qui suivaient le véhicule, les gendarmes de la région mettent en place une opération conjointe qui permet son interception. La fouille du véhicule conduit à la saisie de 325 kg de kif traité et à l’arrestation de A.M., le chauffeur.
Une Mercedes, utilisée comme véhicule éclaireur et transportant les deux principaux organisateurs du trafic, parvient toutefois à prendre la fuite. Interrogé, A.M., passe rapidement aux aveux. Il révèle l’identité de ses fournisseurs et complices, précisant que la cargaison provenait de Médéa et devait être acheminée vers Maghnia. Ce qui intrigue les enquêteurs et les conduit à découvrir l’existence d’un vaste réseau international de trafic de stupéfiants.
Les investigations permettent d’établir un lien direct avec la saisie de 50 quintaux de kif intervenue le 9 avril 2009 au port sec de Rouiba. Cette découverte avait été rendue possible grâce à la vigilance d’un employé qui avait remarqué qu’un conteneur déclaré vide présentait un poids anormal. Les aveux d’A.M. confirment que plusieurs cargaisons avaient été redirigées vers l’ouest du pays après cette saisie.
Les enquêteurs font également le rapprochement avec une autre affaire plus ancienne : quelques mois auparavant, un Renault Master se dirigeant vers Tébessa avait été intercepté à Aïn El Hadjal. Les vérifications avaient révélé que le véhicule était volé et muni de faux documents. Placé en fourrière, il sera de nouveau fouillé sur la base des déclarations d’A.M., Sur ordre du parquet et avec l’aide de chiens renifleurs, les forces de sécurité découvrent trois quintaux de kif dissimulés dans le véhicule. Cette saisie permet l’identification et l’arrestation de plusieurs autres membres du réseau.
L’enquête établit également un lien avec la saisie de 11 quintaux de kif, le 28 juillet 2009, dans un appartement à Seddikia.
Le principal mis en cause dans cette affaire comparaît en avril 2011 devant le tribunal criminel d’Oran avec cinq autres accusés. A.M., y confirme ses déclarations, affirmant avoir transporté la drogue depuis le domicile de B. Abdellatif, à Médéa, un nom récurrent dans plusieurs dossiers liés aux saisies de 50 quintaux et même de deux tonnes de kif dissimulées sous des cargaisons d’oignons.
Selon les témoignages, les deux fugitifs de la Mercedes, B. Abdellatif et C.W., jouaient un rôle central dans l’organisation. Le principal fournisseur serait un ressortissant marocain prénommé Hassan.
Lors du premier procès, le chef présumé du réseau, Mohamed Chérif, reconnaît les faits dans un français soutenu, admettant être impliqué dans le trafic de stupéfiants depuis plus de dix ans. Il explique avoir utilisé de fausses identités pour échapper aux mandats d’arrêt et aux contrôles policiers. Concernant la cargaison saisie, il affirme qu’elle appartenait à un certain B.M., qui devait l’aider en contrepartie de l’acquisition une dizaine de véhicules pour une agence de location.
Les enquêteurs soupçonnent alors cette agence, tout comme une activité d’importation de véhicules, de servir au blanchiment de l’argent issu du trafic. L’identité exacte du concessionnaire impliqué, possiblement lié à d’autres affaires retentissantes, ne sera toutefois jamais clairement établie.
Les investigations concluront à l’existence d’un vaste réseau structuré, opérant à l’échelle nationale, dont les principaux membres ont fini par être jugés.
Zemmouri L.
