Nora Hamdi, écrivaine et cinéaste, à Algérie Presse: «Quand la Mémoire est au féminin»
Entretien réalisé par O.A Nadir

Nora Hamdi est une artiste franco-algérienne aux multiples talents : romancière, essayiste, réalisatrice, scénariste et productrice. Auteure de romans remarqués comme «Des poupées et des anges», «Plaqué or», «La Couleur dans les mains» ou encore «La Maquisarde», elle s’impose comme une voix singulière de la littérature contemporaine, mêlant mémoire, identité et engagement.
Au cinéma, elle adapte plusieurs de ses œuvres avec une sensibilité rare -notamment «Des poupées et des anges» en 2008 et «La Maquisarde» en 2020-, donnant chair et émotion à ses héroïnes de papier. À travers ses films et ses livres, elle interroge les fractures sociales, la condition féminine et la mémoire franco-algérienne. Rencontre avec une créatrice engagée, dont le regard humaniste éclaire les blessures du passé et inspire les combats contemporains.
Algérie Presse : En 2025, les mémoires de la guerre d’Algérie restent encore sensibles. Que ressentez-vous face à la manière dont elles sont traitées aujourd’hui, en France comme en Algérie ?
Nora Hamdi : À mon grand regret, cette question ne devrait plus être encore sensible en France car c’est un fait historique sur lequel personne ne peut revenir dessus. Cela devrait être célébré comme une leçon de l’Histoire avec un grand H, afin de ne pas refaire les mêmes erreurs. Pour l’Algérie, je peux comprendre que le sujet soit douloureux, mais en France il devrait être abordé comme une façon de tirer les leçons de ce passé et aborder l’avenir sereinement, elle aurait tout à gagner dans sa relation avec l’Algérie.
Votre film «La Maquisarde» a donné une voix rare aux femmes combattantes. Pensez-vous que le rôle des femmes dans l’Histoire commence enfin à être reconnu ?
Il me semble que la parole commence à être plus libérée, beaucoup d’hommes ont réalisé que les femmes, qu’elles soient leurs mères, leurs sœurs, leurs épouses, ou simplement citoyennes algériennes, ont porté ce combat aux mêmes titres qu’eux, elles ont données leurs vies pour libérer le pays. J’ai l’impression que les générations qui ont suivies ont pris conscience de cette invisibilisation et ont commencé à reconnaître ce sujet.
Vous évoquez souvent la transmission. Comment les jeunes générations peuvent-elles, selon vous, dépasser les blessures héritées du passé ?
Je suis dans la transmission malgré moi de part mes sujets. La jeunesse vient souvent à moi à travers mon travail, elle se reconnaît dans les histoires que j’aborde. Je pense que les jeunes générations ont une vision plus clairvoyante sur ce sujet car ce sont souvent leurs grands-mères ou grands-pères qui ont vécu cette guerre. La douleur est moins dans l’affect, ils seront plus susceptibles d’être dans une objectivité qui va permettre de conscientiser la colonisation en le comparant au monde actuel. Les blessures du passé vont devenir leur force, celle de l’importance de l’indépendance.
Le féminisme arabe et musulman est au cœur de vos œuvres. Comment voyez-vous son évolution dans le monde d’aujourd’hui ?
En effet, je défends l’égalité entre femme et homme et cela domine mon travail et définit mon féminisme. Tant que cette égalité n’existera pas, je pense que nos sociétés ne pourront pas vivre en paix.
Être témoin des inégalités me pousse à écrire ou filmer cette thématique à travers mes livres et films, c’est par ce prisme que je rappelle la lutte des femmes d’hier et d’aujourd’hui, je donne une voix à travers mon travail aux femmes silencieuses qui ne peuvent pas toujours prendre la parole. Mes personnages principaux sont des femmes d’origine maghrébine que je fais exister et je les mélange au monde occidental afin de l’enrichir dans leurs différences.
Je rappelle que le féminisme arabe et musulman existe, il est systémique, différent.
Quels sont vos projets actuels ou à venir ? Un nouveau film, un roman, une initiative culturelle ?
Depuis quelques temps, je dirige des ateliers d’écriture, aussi bien romanesque que ceux qui concernent le cinéma. Je le fais dans des ateliers à Paris avec des jeunes aspirant à être artistes et en parallèle, je fais l’expérience de diriger ce genre d’atelier dans un lycée à Bourges, avec des élèves mineurs isolés, des jeunes migrants, fuyant les guerres et qui aspirent à vivre en paix et c’est très intéressant pour moi de transmettre à des jeunes qui n’ont pas la même histoire et le même passé. Entre les privilégiés et les sans privilèges, ces deux mondes s’opposent radicalement. Je travaille aussi sur mon prochain roman sur ce sujet justement. J’ai aussi un autre projet de film en France et j’adorais un jour, faire un film j’ai en tête et qui se passerait en Algérie.
