Autosuffisance industrielle: Le secteur minier, la locomotive

 

Le lancement de l’exploitation du minerai de fer de la mine de Gara Djebilet (Tindouf) est prévu pour le premier trimestre 2026. Pour l’expert en mines Arezki Zerrouki, ce projet, associé à celui de la mine de phosphate de Bled El Hadba (Tébessa), marque une étape décisive vers la sortie de la dépendance économique de l’Algérie.
Invité de la Chaîne 3 de la Radio nationale, M. Zerrouki a rappelé que « tous les secteurs dépendent du secteur minier », qu’il s’agisse des agrégats pour la construction, des engrais pour l’agriculture, de la chimie, de la sidérurgie ou encore de la fabrication des tôles indispensables à l’industrie. Selon lui, « le secteur minier est la clé de voûte de l’autosuffisance des secteurs industriels ».
L’expert a toutefois insisté sur l’importance de développer les services miniers, un domaine encore insuffisamment structuré en Afrique. Contrairement au secteur pétrolier, qui dispose d’un large éventail d’entreprises spécialisées, les mines souffrent d’un manque de sociétés dédiées aux activités connexes. Ces services englobent notamment le transport, le forage ou encore les laboratoires accrédités. « On ne peut pas se permettre d’envoyer des échantillons à l’étranger pour les analyser », a-t-il déploré.
M. Zerrouki a également mis en avant le rôle du capital humain, soulignant la nécessité de renforcer la formation spécialisée. « Il y a un potentiel humain qu’il faut perfectionner par des formations, car sans formation, il n’y aura rien », a-t-il conclu.
De son côté, l’expert et professeur en sciences économiques à l’université d’Alger, Dr Ahmed Hidoussi, a cité, outre ces deux projets, celui de l’exploitation du plomb et du zinc à Oued Amizour (Béjaïa). Ces projets devraient créer des milliers d’emplois et renforcer les industries de transformation.
Pour assurer le transport du minerai de fer vers les complexes de transformation, un chemin de fer Tindouf–Béchar de près de 950 km a été réalisé. Il permettra d’acheminer la production vers le complexe sidérurgique du groupe Tosyali à Bethioua. Hidoussi considère cette infrastructure comme une pierre angulaire pour valoriser les ressources minières et les relier aux industries nationales.
Invité de la Chaîne I, il a expliqué que les projets structurants du secteur minier visent la diversification économique, la réduction de la dépendance aux hydrocarbures, la valorisation des ressources naturelles par la transformation industrielle, la création de valeur ajoutée et d’emplois, ainsi que le développement des régions intérieures, renforçant ainsi la souveraineté nationale.
Il a insisté sur l’importance des infrastructures, notamment les lignes ferroviaires, et sur l’application du nouveau code minier, conçu pour attirer les investissements locaux et étrangers.
Selon lui, ces projets permettront à l’Algérie de passer d’une économie rentière à une économie industrielle, fondée sur la diversification des revenus, le développement de secteurs de transformation solides, l’investissement dans le capital humain et la technologie, et l’exploitation optimale des ressources nationales.
Il a estimé que le développement des mines et des infrastructures associées pourrait générer des revenus considérables : la production d’acier, évaluée à plus de 750 dollars la tonne, pourrait rapporter près de 20 milliards de dollars à la trésorerie publique, tandis que le projet intégré de phosphate, estimé entre 400 dollars la tonne, pourrait générer entre 7 et 10 milliards de dollars.
Pour Hidoussi, la durabilité du secteur minier et des industries de transformation repose sur des stratégies intégrées, axées sur la fluidité de la chaîne de valeur, l’investissement dans la recherche et le développement technologique, la réduction de l’impact environnemental et la transformation locale des matières premières en produits finis.
Il a souligné que le phosphore est désormais une ressource stratégique, utilisable dans la fabrication d’engrais, dans les industries chimiques et agricoles modernes, mais aussi dans la production de batteries, notamment au lithium.
Le projet de Gara Djebilet, selon lui, ne se limite pas à ses dimensions économiques : il aura un impact social majeur en créant des milliers d’emplois directs et indirects, en dynamisant les régions du Sud et en améliorant les infrastructures locales (logement, services, commerce), tout en favorisant l’implantation d’industries lourdes et l’amélioration du niveau de vie des populations.
Ch.G

Bouton retour en haut de la page