Moi Amine, TDAH

Je vis avec le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, connu sous le nom de TDAH, depuis mon plus jeune âge. Aujourd’hui, j’ai 26 ans et je continue à en souffrir.
Mes parents ont remarqué très tôt que quelque chose était différent : manque de concentration, agitation permanente, comportements qu’ils ne comprenaient pas. À trois ans, j’avais déjà des difficultés de langage. J’avais du mal à placer les mots correctement, à structurer une phrase. Même en maternelle, le problème persistait. Ma mère a d’abord pensé à de l’autisme. Ils ont consulté une orthophoniste qui a écarté cette hypothèse. Mais les difficultés ne disparaissaient pas.
Durant toute ma scolarité, j’ai accumulé les obstacles. Les professeurs me décrivaient comme distrait, désorganisé et inconstant. On me disait que j’avais de grandes capacités, mais que je n’étais pas fiable. J’avais du mal à terminer ce que je commençais, à suivre un cadre strict. À la maison, je n’arrivais pas à faire mes devoirs ni à réviser. Je passais mon temps à rêvasser, incapable de me concentrer. J’étais très agité, je tournais en rond. Pour moi, rester assis et étudier pendant des heures était une tâche quasi impossible.
Brouillard, incompréhension, absence d’attention : voilà ce que je ressentais enfant. Les cours étaient une souffrance. Je vivais dans la peur constante d’être jugé par mes professeurs et mes camarades de classe. Toujours rabaissé à cause de mes notes et de mon comportement, je me sentais étranger à tout ce qui m’entourait. Ce sentiment m’a suivi jusqu’à aujourd’hui.
Le diagnostic est arrivé à mes 11 ans, après plusieurs séances chez un psychologue. À l’époque, il a évoqué une hypothèse très probable mais peu reconnue en Algérie : le TDAH. Après d’autres consultations, le médecin a fini par confirmer le diagnostic. Mais aucune solution médicamenteuse n’était disponible, car le traitement habituel, comme la Ritaline, reste indisponible en Algérie. À la place, on m’a prescrit de la Dépakine, un traitement destiné aux épileptiques.
Mes parents s’y sont opposés, refusant le diagnostic et jugeant que je manquais simplement de volonté. Leur comportement s’est durci envers moi. Persuadés que mon cas relevait de la paresse, ils niaient le trouble. La communication avec eux était impossible. Ils me traitaient violemment, avec des disputes et des humiliations quotidiennes. Le trouble a continué à peser lourdement sur ma vie scolaire et sociale, développant en moi une peur constante et un sentiment d’infériorité. Le chaos intérieur m’a même conduit à arrêter mes études en terminale, incapable de supporter les difficultés monstrueuses qui s’accumulaient.
À l’âge adulte, le TDAH est toujours présent, et il est même parfois plus intense que durant mon enfance. Il est devenu handicapant, car il affecte désormais ma vie professionnelle et sociale. Les gens ne voient pas le trouble. Ils voient seulement une personne bizarre. C’est du moins l’impression que j’ai. La peur est toujours présente. Je vis avec une forme de paranoïa constante face au monde. Je n’arrive toujours pas à me concentrer correctement ni à organiser mes idées. J’ai du mal à placer mes mots convenablement. Par moments, j’ai l’impression que mon cerveau se désintègre.
À 23 ans, j’ai consulté un psychiatre. Il a minimisé le TDAH en affirmant qu’il s’agissait simplement d’une dépression. Lors du diagnostic, il m’a prescrit des antidépresseurs, notamment de la Fluoxétine. Il n’y a pas eu de réel changement, si ce n’est un léger effet sur l’humeur. C’est à cette période que je commençais ma vie professionnelle. Au travail, j’avais constamment peur que mes symptômes nuisent à mes performances. Et c’était le cas. À chaque tâche qu’on me confiait, je devais me forcer à la terminer. C’était extrêmement difficile. Je faisais un effort permanent pour rester concentré malgré mes absences mentales. Il m’arrivait de perdre le fil des conversations avec mes supérieurs, ce qui a affecté mon image professionnelle. Je changeais régulièrement de travail. Avec le temps, je n’arrivais pas à me stabiliser.
Aujourd’hui, à 26 ans, après un suivi thérapeutique, j’ai arrêté volontairement les antidépresseurs qui n’avaient pas d’impact significatif sur mes difficultés d’attention. Je continue de consulter des professionnels pour traiter mon TDAH, mais j’ai souvent le sentiment que mon trouble est ignoré. Le TDAH est une souffrance pathologique lorsqu’il n’est pas pris en charge correctement. Il se transforme avec le temps, surtout chez l’adulte. Beaucoup de thérapeutes ont tendance à penser qu’il ne concerne que l’enfance, comme s’il disparaissait en grandissant. Ce n’est pas le cas.
Ceci est mon témoignage.
