Intervention militaire française imminente au Niger : Alger interdit le survol de son territoire aux avions militaires français

L’Algérie, qui a toujours rejeté la force, a donné une suite négative à la demande française de survol du territoire national pour attaquer le Niger à indiqué, lundi, la Radio algérienne. Une réponse ferme et sans équivoque d’Alger qui avait pourtant autorisé, en janvier 2013, le survol de son territoire par des avions militaires français qui intervenaient dans le cadre de l’opération Barkhane au Mali, une opération, rappelons-le qui entrait dans le cadre de la lutte anti-terroriste.
Pour sa part, l’État-major de l’Armée française a infirmé la demande par la France de survol du territoire algérien et par conséquent le refus des autorités algériennes.
Cependant, et si l’information s’avère vraie, c’est sans surprise aucune que l’Algérie interdise le survol de son territoire, elle qui a toujours rejeté l’utilisation de la force dans le règlement du conflit au Niger. En effet, en début de cette semaine, un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger avait indiqué que l’Algérie « regrette profondément » que le recours à la violence ait pris le pas sur la voie d’une solution politique négociée au Niger, à un moment où l’intervention militaire dans ce pays se précise.
L’Algérie « demeure, en effet, animée d’une forte conviction que cette solution politique négociée demeure encore possible, que toutes les voies qui peuvent y conduire n’ont pas été empruntées et que toutes ces possibilités n’ont pas été épuisées », ajoute la même source.
Le ministère souligne que « l’histoire de notre région enseigne abondamment que les interventions militaires ont été porteuses d’un surcroît de problèmes que de solutions et qu’elles ont été des facteurs supplémentaires d’affrontements et de déchirements plutôt que des sources de stabilité et de sécurité ».
« Avant que l’irréparable ne soit commis, et avant que la région ne soit prise dans l’engrenage de la violence dont nul ne peut prédire les conséquences incalculables, l’Algérie appelle toutes les parties à la retenue, à la sagesse et à la raison qui toutes commandent de redonner résolument la plus haute priorité à l’option politique négociée à la crise constitutionnelle actuelle épargnant ainsi au Niger frère et à l’ensemble de la région des lendemains lourds de menaces et de périls dont notamment un regain de vigueur et d’agressivité du terrorisme et des autres formes de criminalité qui affectent gravement la région », avait conclu le communiqué.
Malheureusement, et malgré l’engagement algérien, la France, qui avait menacé les militaires nigériens de mener une opération militaire s’ils ne libéraient pas le président Bazoum, va mettre ses menaces à exécution. Ainsi, l’intervention militaire serait imminente et tout le dispositif militaire est en place.
Encouragée par Paris, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) s’est également engagée sur la voie de la guerre. En effet, le commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité de la Cedeao, Abdel-Fatau Musah a déclaré, vendredi dernier, que « nous sommes prêts à intervenir dès que l’ordre sera donné. Le jour de l’intervention a aussi été fixé. ».
Sous la menace d’une action militaire de la Cedeao, le général Abdourahamane Tiani avait tenu samedi soir à faire une mise au point sur ses intentions. Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat le 26 juillet, le nouvel homme fort du Niger a assuré que la période de transition « ne saurait aller au-delà de trois ans », tout en mettant en garde les pays étrangers contre une intervention militaire visant son pays. « Notre ambition n’est pas de confisquer le pouvoir », avait déclaré le général lors d’une allocution télévisée. « Si une agression devait être entreprise contre nous, elle ne sera pas la promenade de santé à laquelle certains croient », a-t-il en outre prévenu.
« La Cedeao s’apprête à agresser le Niger en mettant sur pied une armée d’occupation en collaboration avec une armée étrangère », a poursuivi le général sans citer de pays. Il a également dénoncé une nouvelle fois des sanctions « illégales » et « inhumaines » de l’organisation ouest-africaine.
Le Maroc encore et toujours
Sans le citer nommément, le pays en question est la France qui avait exprimé le 10 août dernier un soutien total à la Cedeao. Paris soutient « l’ensemble des conclusions adoptées à l’occasion du sommet extraordinaire » de la Cedeao à Abuja, y compris la décision d’activer le déploiement d’une « force en attente », avait signifié le ministère français des Affaires étrangères.
Samedi matin, des milliers de volontaires se sont donc rassemblés aux abords du stade Seyni Kountché, dans le centre-ville de la capitale, répondant à un appel de plusieurs organisations pour se faire inscrire sur des listes en tant qu’auxiliaires civils potentiellement mobilisables au sein des forces armées putschistes en cas d’intervention militaire de la Cedeao.
Devant le refus algérien, la France, a sollicité le Maroc pour des autorisations de survol de son territoire pour ses avions militaires. Les plans de vols des avions militaires français ont été déposés au niveau des autorités marocaines compétentes, qui ont décidé de répondre favorablement à la demande française.
Ainsi, le Maroc, prouve encore une fois qu’il reste un État colonisateur, qui viole en permanence le droit international, et soutient une intervention militaire dans un pays libre et indépendant.
Par ailleurs, l’évolution de la crise politique au Niger continue d’inquiéter au plus haut degré face à l’imminence d’une intervention militaire et ce, suite au refus de la Cedeao d’accorder une période de transition de trois ans proposée par le général Abdourahamane Tiani..
Pour l’expert politique et activiste humanitaire nigérien, Alkassoum Abdourahmane, « une intervention militaire serait une catastrophe humanitaire bien plus importante que celle déjà observée en Somalie ou en Libye ». Pour lui, il faut aussi prendre en compte l’ampleur de la question des réfugiés qui se pose déjà avec acuité.
La position algérienne contre toute intervention militaire dans la région, et pour la solution diplomatique, est fortement saluée par plusieurs parties à commencer par les Nigériens dont des experts politiques contactés par la Radio algérienne.
Pour Boubakar Diallo, doyen à l’université de Niamey, la position de l’Algérie est saluée dans son pays, elle qui a toujours défendu les principes de fraternité et de collaboration dans les différentes luttes régionales. Il rappelle la création, à l’initiative de l’Algérie, du CEMOC (Comité d’état major opérationnel conjoint), convaincu que seule une union entre les pays du Sahel et du Maghreb permettra de « lutter contre les vulnérabilités ».
Synthèse R.N
