Université Oran 2 : Ces voitures qui indisposent les étudiantes

À quelques mètres de l’université Oran 2 Mohamed Ben Ahmed, dans le quartier universitaire de Belgaïd, une scène revient presque chaque matin et chaque fin d’après-midi. Des voitures stationnent longuement le long des trottoirs, moteurs parfois en marche, vitres baissées, observant les allées et venues des étudiantes. Certaines restent quelques minutes, d’autres plusieurs heures.
Pour de nombreuses jeunes filles inscrites à l’université, cette présence répétée est devenue une source d’inconfort, voire de peur. Entre regards insistants, tentatives d’approche maladroites et propositions déplacées, plusieurs étudiantes racontent vivre une pression quotidienne à la sortie des cours.
À l’heure où les milliers d’étudiants quittent les amphithéâtres, la route menant vers les résidences universitaires et les arrêts de bus se transforme en terrain d’observation. Des conducteurs ralentissent, interpellent des étudiantes par la fenêtre, proposent de les déposer ou tentent simplement d’attirer leur attention avec des klaxons répétés.
« Au début, je pensais que c’était occasionnel », raconte Souhila, 22 ans, étudiante en sciences humaines. « Mais avec le temps, on remarque les mêmes voitures, les mêmes comportements. Certaines filles préfèrent attendre en groupe avant de sortir de l’université. »
Selon elle, le phénomène s’accentue surtout en fin de journée, lorsque les étudiantes quittent le campus seules. « Il y a des hommes qui restent garés sans raison apparente. Dès qu’une fille passe, ils essayent de discuter. Certaines ignorent, d’autres ont peur de répondre parce qu’on ne sait jamais comment la personne va réagir. »
Même constat pour Djihene, étudiante en langues étrangères. La jeune femme explique que plusieurs de ses amies ont déjà été suivies sur quelques mètres par des véhicules après avoir refusé de répondre à des sollicitations. « Ça crée un vrai malaise. On vient pour étudier, pas pour subir ça tous les jours. Certaines filles demandent même à leurs frères ou à leurs pères de venir les récupérer».
Autour du campus, les commerçants du secteur confirment discrètement la situation. Un vendeur de café affirme voir régulièrement « des voitures stationnées pendant des heures ». « On reconnaît parfois les mêmes têtes », souffle-t-il.
Si certains parlent de simple drague de rue, plusieurs étudiantes dénoncent plutôt une forme de harcèlement répétitif qui empoisonne leur quotidien universitaire. Sur les réseaux sociaux également, des publications évoquant le sujet circulent entre étudiantes de Belgaïd, appelant à davantage de sécurité autour des facultés.
En Algérie, le harcèlement dans les espaces publics est puni par la loi. Le Code pénal algérien prévoit des sanctions contre toute personne ayant un comportement portant atteinte à la pudeur ou causant un trouble à autrui par des actes, paroles ou gestes insistants. Lorsqu’une personne suit, intimide ou importune de manière répétée une femme dans l’espace public, cela peut être considéré comme du harcèlement et exposer son auteur à des poursuites judiciaires.
Des étudiants interrogés estiment qu’une présence sécuritaire plus visible autour de l’université pourrait limiter ces comportements. D’autres réclament l’installation de caméras ou davantage de rondes aux heures de sortie.
Car derrière les klaxons et les vitres teintées, c’est surtout un sentiment d’insécurité qui s’installe progressivement chez certaines étudiantes. Un malaise silencieux qui accompagne désormais plusieurs jeunes filles sur le chemin des études.
O.A Nadir
