Ce que j’en pense: Le bus fantôme d’Oran
Par O.A Nadir
À Oran, il existe une créature urbaine plus mystérieuse que le monstre du Loch Ness et plus insaisissable qu’un rendez-vous chez le médecin à l’heure : le bus fantôme. On le connaît tous, on en parle tous, mais personne n’a jamais vraiment réussi à y monter. C’est simple, le bus fantôme passe toujours… complet. Même quand l’arrêt est vide, il arrive déjà bondé, comme si un mariage entier avait embarqué au dépôt.
On raconte que ce bus a ses passagers attitrés, des habitants invisibles qui ne descendent jamais. Ils font le trajet circulaire depuis 1987, coincés entre la porte arrière et le composteur, condamnés à répéter : « avancez un peu s’il vous plaît » pour l’éternité.
Les usagers, eux, oscillent entre la fascination et l’incrédulité. Certains attendent des heures, persuadés qu’un jour il s’arrêtera pour eux. D’autres jurent l’avoir vu ralentir, clignoter à gauche… puis repartir d’un coup, comme un mirage. Un étudiant de Maraval affirme même qu’il a vu le chauffeur lui faire signe de monter, avant que le bus ne disparaisse en un nuage de fumée blanche. Depuis, on ne l’a plus jamais revu. (L’étudiant, pas le bus.)
Le plus étrange, c’est que personne ne connaît réellement le numéro de ce tacot. Pour certains, c’est le 11. Pour d’autres, le 51. Et il y a ceux qui assurent qu’il change de numéro chaque jour, comme pour brouiller les pistes. On a même vu un 666 filer à toute allure près de Sidi El Houari.
Alors, le bus fantôme existe-t-il vraiment ? Ou n’est-ce qu’une invention collective, née des retards chroniques et du manque de places assises ? Une chose est sûre : demain matin, à 7h15, à l’arrêt de M’dina J’dida, des dizaines de voyageurs continueront d’espérer, les yeux pleins d’étoiles… et le dos déjà fatigué.
En attendant, si vous le croisez, ne clignez pas des yeux. Il risquerait de disparaître.