Ce que j’en pense: Najla al-Mangoush, c’est qui ?

Najla al-Mangoush, quelqu’un la connait ? Je veux dire en dehors de son cercle familial, de ses collègues de travail et de ses copines qu’elle voit chez la coiffeuse du quartier. Apparemment personne puisque avant sa rencontre, en Italie, avec un officiel de l’entité sioniste, elle menait une vie plutôt pépère pour une ministre des Affaires étrangères. Bureau, cuisine et tutti quanti.
Qui a vendu la mèche ? Je vous le donne en mille. C’est le ministre israélien des Affaires étrangères, Eli Cohen qui avait annoncé s’être entretenu à Rome la semaine passée avec son homologue libyenne lors d’une rencontre « inédite » ; les guillemets étant très importants dans cette affaire. « J’ai parlé avec la ministre des Affaires étrangères du grand potentiel que représentent les relations entre les deux pays », a-t-il déclaré. Plus clair que ça, tu meurs ! Le gus en question est dans sa logique de pyromane et s’il peut mettre la pagaille dans ce qui reste du Monde arabe, il ne va pas se gêner.
L’information fait grand bruit, dépassant le « plash» d’un Américain lambda plongeant dans une piscine. Des voix se sont élevées pour saluer l’esprit d’initiative de cette diplomate arabe. Des youyous de joie furent entendus du côté de Tel-Aviv et la presse mainstream s’est empressée de saluer ce nouveau pas vers la Normalisation. Abu Dhabi, Rabat ou encore Manama se sentirent d’un coup moins seul. Ryad et Tunis se préparèrent, quant à eux, à sortir du placard.
La Lybie va rejoindre les « Accords d’Abraham » ; l’info fait vite le tour du monde et des rédactions. LCI, i24, BFMTV convoquèrent des plateaux spéciaux, invitant les Zarabes de service à faire l’apologie de la démarche. Ça y est, on y est enfin ! Tripoli va reconnaître l’Etat hébreu. Le doute n’est plus permis et les médias français aussi zélés qu’inféodés éditorialement, traitent l’info comme un scoop mondial.
Puis patatras, retournement de situation. La Lybie jure que la rencontre n’avait rien d’officiel, soulignant son caractère « fortuit » dans « aucune discussion, accord ni consultation ». Pour prouver sa bonne foi, le gouvernement libyen suspend sine die dame al-Mangoush. Devant la colère citoyenne, elle prend son passeport, fait la bise à sa bonne et s’enfuit en direction de la Turquie, terre des malentendus historiques.
Alors la presse mondiale, française particulièrement, vient au secours de la Najla al-Mangoush, devenue subitement l’égérie de la démocratie made in Occident. On regrette son limogeage, on évoque sa fuite et la méchanceté des manifestants.
Pourtant, au milieu de toute cette salade périmée, personne ne parle des 172 Palestiniens tombés en martyrs dans les territoires occupés depuis le début de cette année. Silence total sur les 37 enfants assassinés par l’Armée « la plus morale du monde » et les 160 autres détenus dans les geôles de l’occupation sioniste. Pas un mot ni une image pour dénoncer le génocide du peuple palestinien.

>> Par Moncef Wafi

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