Ce que j’en pense: Une « abaya » qui fait tâche d’encre

« Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt». Le fameux proverbe chinois peut se décliner à toutes les sauces et schématiser toutes les situations. En France, par exemple, et avec tous les problèmes qu’ils charrient là-bas et qu’ils exportent ailleurs, le gouvernement vient d’interdire l’ « abaya » à l’école. C’est ce qu’a annoncé en début de cette semaine leur ministre de l’Education Gabriel Attal, justifiant la décision « au nom de la laïcité ».
Paris pour détourner le regard de la lune, brandie un bout de tissu comme menace sur l’ordre public et le compare à un danger identitaire capable de trucider le sacro-saint principe de laïcité. Après nous avoir bassinés avec le burkini, la burqa, la beubard non calibrée, voilà que Paris nous invente l’excuse de l’« abaya », pourtant un mode vestimentaire spécifique à plusieurs communautés, loin de toute appropriation religieuse. Mais allez expliquer ça à un gouvernement qui veut piétiner les plates-bandes de l’Extrême-droite après avoir marché sur les droits de ses propres citoyens.
Parce que c’est de ça dont il s’agit, une surenchère dans la chasse à tout signalement non catalogué comme français de bon aloi ou européen labélisé. Une manœuvre politicienne qui n’est pas inédite puisque à l’approche d’échéances électorales, on ressort la grosse artillerie et on vise les plus vulnérables. La Droite se confond alors avec l’idéologie « lepenienne » de la fille et de la nièce et les questions sécuritaire et identitaire deviennent une arme de destruction massive contre les Musulmans de France.
Pour Gabriel Attal, le fait de porter une « abaya » est une tentative de déstabiliser les fondements laïques de la France, un geste qui vise « à tester la résistance de la République ». Rien que çà, à croire que l’élève, qui revêt une gandoura blanche, est un potentiel terro islamiste qu’il faut ficher S. Cette offensive dénigrante contre tout ce qui peut s’apparenter, de près ou de loin, à une spécificité communautaire ou religieuse (particulièrement arabo-musulmane) laisse présager de lendemains incertains pour nos frères et sœurs de là-bas. De là à accuser le gouvernement français d’islamophobie institutionnalisée, il n’y a qu’un pas que je franchirais avec allégresse.

>> Par Moncef Wafi

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