Alger-Paris : Une détente en trompe-l’œil ?
À quelques jours d’intervalle, la diplomatie française a envoyé à Alger deux signaux radicalement contradictoires, illustrant une nouvelle fois l’ambiguïté structurelle qui caractérise, vue depuis la capitale algérienne, la politique d’Emmanuel Macron dans la région.
Le nouvel ambassadeur de France au Maroc, Philippe Lalliot, a choisi Laâyoune, capitale du Sahara occidental occupé par le Maroc, pour l’un de ses premiers déplacements officiels. Il a réaffirmé la volonté de Paris d’accompagner la dynamique de développement voulue par le roi Mohammed VI. La visite a aussi été marquée par l’inauguration d’une Alliance française à Laâyoune, symbole de l’ancrage institutionnel français dans les provinces sahariennes.
Côté algérien et sahraoui, la lecture est sans appel. Le ministère des Affaires étrangères de la RASD a condamné avec vigueur cette visite, la qualifiant de nouvelle provocation française assimilée à un acte d’hostilité politique visant à normaliser progressivement l’occupation marocaine. La presse algérienne y voit la confirmation d’une constante : afficher la volonté de renouer le dialogue avec Alger tout en alimentant, dans les faits, les sujets de discorde, un épisode jugé de nature à approfondir une crise déjà durable entre les deux pays.
Pourtant, deux dossiers emblématiques du contentieux bilatéral connaissent, cet été, une évolution inverse, plutôt favorable à une décrispation. D’abord celui de l’agent consulaire algérien détenu en France depuis avril 2025 dans le cadre de l’enquête sur l’enlèvement de l’activiste Amir DZ, condamné en Algérie pour terrorisme ; une affaire qui avait provoqué le rappel des ambassadeurs et des expulsions croisées de douze diplomates de chaque côté. Le Parquet national antiterroriste français a requis le 11 juin sa remise en liberté sous contrôle judiciaire, estimant que son maintien en détention n’était plus justifié — un revirement notable après des mois d’opposition systématique à toute libération. La demande de remise en liberté a toutefois été rejetée le 18 juin, la défense a fait appel, et l’affaire sera réexaminée le 13 juillet.
Ensuite, celui du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Le rejet du pourvoi en cassation du parquet début juin a définitivement clos la procédure judiciaire, ouvrant la voie à une grâce présidentielle qui relève de la seule prérogative discrétionnaire du président Tebboune.
Ce contraste entre un geste diplomatique jugé hostile sur le dossier saharien — ligne rouge historique pour Alger sur fond du droit international — et des signaux d’apaisement sur des dossiers judiciaires bilatéraux nourrit, du point de vue algérien, l’idée que Paris mène une diplomatie à compartiments étanches : gérer au cas par cas les crises humaines avec Alger sans renoncer à son rapprochement stratégique avec Rabat sur le Sahara occidental.
Les prochains jours constitueront des indicateurs plus concrets que les déclarations d’intention sur l’état réel du dégel amorcé depuis la visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à Alger, mi-février.
G. Salima
