Traque des pyromanes : L’efficacité discrète des services de sécurité

24 pyromanes présumés ont été identifiés, arrêtés et écroués en l’espace de sept semaines par les services de sécurité algériens, une performance obtenue grâce à un dispositif combinant exploitation des caméras de surveillance, activation des systèmes de renseignement et exploitation méthodique des signalements citoyens, plutôt qu’aux seules procédures d’enquête traditionnelles.
Cette mobilisation, déclenchée simultanément à la lutte menée sur le terrain par la Protection civile contre les flammes, a permis d’établir en un temps très court l’origine criminelle de plusieurs foyers d’incendie.
La méthode d’enquête s’appuie sur un faisceau de preuves techniques. Dans plusieurs dossiers, des vidéos ont permis de confondre les suspects en flagrant délit, à l’image de celle montrant un individu mettre le feu à un point de départ d’incendie puis jeter des pierres sur les agents de la Protection civile venus l’éteindre, tout en se revendiquant sympathisant de l’organisation terroriste du MAK. Un autre suspect, Benmoumène Mehdi, a lui été intercepté en flagrant délit par des citoyens alors qu’il incendiait des broussailles près d’une résidence universitaire de Tizi-Ouzou, avant d’avouer la même appartenance. Les enquêteurs de la Gendarmerie nationale ont par ailleurs mis au jour, dans les dossiers instruits à Jijel, des modes opératoires qualifiés de prémédités, retraçant avec précision le lieu et l’heure de départ de chaque foyer.
Ce travail d’enquête s’est déployé en quatre vagues successives depuis fin juillet. Une première salve d’arrestations intervient le 22 juillet, lorsque le juge d’instruction du pôle pénal national antiterroriste du tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, place quatre individus en détention provisoire dans trois affaires distinctes d’incendies volontaires de biens forestiers. Quatre jours plus tard, le 26 juillet, sept suspects supplémentaires sont écroués, leurs noms et les circonstances précises de leurs actes étant rendus publics par le parquet, à l’image de Zrig Mohamed Amine, soupçonné d’avoir incendié un terrain broussailleux près d’une bibliothèque communale de Guelma. Après la vague d’incendies particulièrement meurtrière de fin août, les enquêtes reprennent avec la même intensité: le 7 septembre, quatre nouveaux suspects sont écroués pour des feux déclenchés à Tizi-Ouzou et à Sétif, puis le 10 septembre, neuf personnes supplémentaires sont placées en détention provisoire pour des incendies ayant ravagé le patrimoine forestier de Jijel, réparties en trois affaires distinctes dont celle du foyer de Chekfa, impliquant Khaled Bouchama, Ismail Bengara et Mourad Bouchloukh.
Au-delà des enquêtes traditionnelles
Cette traque intervient dans le contexte d’une crise d’une ampleur inédite. Début juillet, plus de 1 550 départs de feux avaient déjà été enregistrés à travers le pays, dont 383 incendies de forêt proprement dits, pour un bilan initial de six morts communiqué par le ministère de l’Intérieur, tandis que 17 000 hectares avaient brûlé depuis le début de l’année. La situation s’est aggravée fin août, lorsqu’une nouvelle vague a touché 16 wilayas sous une chaleur dépassant 45 degrés, avec pour épicentre Jijel : le bilan officiel communiqué le 26 août par le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, faisait état de 12 morts et 54 blessés hospitalisés.
C’est au lendemain de cette vague, le 30 août, que le chef de l’État a ordonné au ministre de la Justice de modifier le Code pénal avant ce mardi 15 septembre afin d’y réinstaurer la peine de mort, avec exécution, contre les auteurs d’incendies volontaires ayant causé des décès, ainsi que contre les auteurs d’enlèvements de mineurs accompagnés de sévices. Le texte doit être présenté en Conseil des ministres avant d’être soumis à l’Assemblée populaire nationale. Cette décision met fin, de fait, au moratoire sur les exécutions capitales observé en Algérie depuis 1993, durant lequel les condamnations à mort étaient systématiquement commuées en réclusion à perpétuité. « On réinstaure la condamnation à mort pour les pyromanes », avait déclaré le président de la République, précisant que l’exécution interviendrait une fois épuisées toutes les voies de recours prévues par la loi.
Parallèlement au volet judiciaire, le gouvernement s’est engagé dans une opération d’indemnisation intégrale, financée à 100 % par l’État, devant couvrir avant le 15 septembre l’ensemble des préjudices subis par les sinistrés, qu’il s’agisse des habitations, des cultures, du cheptel ou des ruchers, selon la formule du Premier ministre Sifi Ghrieb assurant que « pas un seul clou perdu par un citoyen ne restera sans indemnisation ». Une première enveloppe avait déjà permis de verser une aide financière à 188 familles réparties dans sept wilayas au titre des dégâts de la vague de juillet, tandis que le ministère de l’Agriculture a entamé la distribution d’aides aux agriculteurs et éleveurs de Jijel. Le gouvernement affirme par ailleurs avoir intégralement rétabli les réseaux vitaux endommagés, électricité, gaz, eau, téléphonie et internet, rouvert l’ensemble des routes fermées, et s’être engagé à achever la réhabilitation des établissements scolaires touchés avant la rentrée.
G. Salima
