Ce que j’en pense: Un parfum d’extrait de zèle
Par Moncef Wafi
L’extrait de zèle est cette maladie dégénérative de la bureaucratie qui remplace les lois, quelles qu’elles soient, par une interprétation personnelle souvent bancale. Il est l’essence même de l’autorité subversive qui déborde des lignes institutionnelles, conjuguant les droits constitutionnels au passé simple de l’imparfait irrégulier. Il obéit à des considérations mesquines, revanchardes de petits esprits étriqués qui chevauchent les codes à hue et dia, les phagocytant pour en faire de parfaits alibis pour plaire à qui de droit. Il est un dépassement de fonction dangereux qui s’inscrit dans une logique de chaos, contribuant à allumer les feux de la discorde et à semer les graines de la division, inconsciemment ou pour répondre à des cahiers de charges en amont.
L’extrait de zèle, c’est aussi ces exemples que l’opinion publique dénonce à longueur de réseaux sociaux à l’image de cette élève renvoyée de son lycée à cause d’une robe « inadaptée », selon l’encadrement pédagogique. Une décision cavalière, étrangère aux règlements intérieurs des établissements scolaires établis par la Tutelle. Les excuses ont été présentées, mais le mal s’était déjà insinué.
C’est également cette sortie nauséabonde d’un quotidien arabophone pleurant la perte de l’organisation d’une compétition sportive continentale. Comme si nous étions des Scandinaves, des descendants de la très lointaine Neptune ou de simples cousins germains de poissons, son site n’a pas trouvé mieux que de se fendre d’un commentaire suintant la haine raciale alors que rien ne lui a été demandé.
Les cas de figure sont légions, témoin de la déliquescence de la fonction publique, garante des droits et des devoirs citoyens. Faut-il alors faire le ménage en balayant ces incapables de leurs postes de responsabilité ? Répondre par l’affirmative serait tentant, presque jouissif, cependant le mal est plus profond. Se débarrasser de ces zélateurs serait comme cautériser une jambe en bois et ne servirait qu’à leur donner davantage d’importance qu’ils ne méritent. Le plus édifiant étant de moraliser cette fonction publique, véritable vitrine de l’Etat.
En effet, ces commis sont souvent les premières et parfois les seules personnes représentantes de l’autorité centrale que rencontrent les gens. Et si d’aventure, ils excellent à rendre infernale la vie de leurs concitoyens en inventant des lois sur mesure juste pour démontrer leur pouvoir factice, la relation avec l’Etat serait plus que compromise.