Ce que j’en pense: Une histoire de presque
>> Par Moncef Wafi
Près de 10.000 morts dont la moitié des enfants à Ghaza… Et Ahed Tamimi a de nouveau été arrêtée par les forces d’occupation sioniste dans la ville de Nabi Saleh, à l’Ouest de Ramallah, en Cisjordanie occupée.
L’os est lâché et la presse mondiale, contente d’avoir un autre sujet à traiter sur la question que le génocide en live, s’est empressée de se jeter sur l’info pour en faire un buzz. « Activiste », « Icône », « Figure de la cause palestinienne »…, les titres s’emballent et s’interrogent sur cette blonde de 23 ans dont l’arrestation vient, d’un coup, faire oublier le sort de tout un peuple.
Mais qui est-elle au juste ?
En 2017, Ahed Tamimi, a été la Palestinienne la plus célèbre du moment. Tellement célèbre qu’elle avait presque fait oublier Al-Qods et remisé la colère de la rue arabe dans le carton plein des rendez-vous ratés avec l’Histoire.
Les médias occidentaux avaient fait de cette adolescente, alors âgée de presque 17 ans, une icône parce qu’elle faisait presque européenne avec ses yeux verts et sa tignasse blonde. Elle avait été décorée par Erdogan – celui qui refuse de couper les ponts avec l’Etat sioniste- et était même reçue au Parlement européen. Elle passait bien dans les médias français, mieux que si elle était brune, les cheveux noirs huilés, l’air typiquement arabe. C’est aussi ça l’histoire tragique de la Palestine et du monde arabe.
Une histoire de presque, à chaque fois reportée puis oubliée comme presque toujours. La gamine avait fait oublier, malgré elle, la décision triviale de Trump de délocaliser l’ambassade américaine à Al-Qods. Ce n’était pas de sa faute, elle était dans sa logique de résistante, seule, les mains nues, à gifler un soldat de la redoutable Armée d’occupation. Depuis, la Résistance palestinienne a montré au monde entier que de redoutable, cette armée n’avait que la réputation pour faire peur aux roitelets arabes.
Ahed Tamimi, keffieh sur l’épaule, est une résistante tout comme Barghouti ou Hanneya. Mais les autres sont soit en prison soit sont une cible ambulante pour les tueurs du Mossad. Elle, elle était mignonne (elle l’est toujours d’ailleurs) ; elle était presque parfaite pour les médias et en plus, en parlant d’elle, on ne parlait plus du plus important. Un clou chasse un autre, aussi vrai dans une vie amoureuse que dans la logique cynique du monde de l’information.
Content de tenir un sujet à fort audimat, on en arrive presque à oublier l’essentiel. Pourquoi Ahed avait giflé, en 2017, l’uniforme ? Pourquoi Ahed a été arrêtée, hier ? Son histoire résume merveilleusement bien la tragédie palestinienne, violée dans son intimité par le tuteur légal. Vendue par les Bédouins du désert aux Anglais, elle a été offerte en compensation au peuple élu par suffrage universel. Comment peut-on alors décemment attendre d’un marchand de tapis de protéger les propriétaires légitimes de la terre qu’on a cédée gratuitement contre une bénédiction séculaire ?
Yasser Arafat a eu tout faux lorsqu’il avait inscrit le combat de son peuple sur l’agenda désuet du monde arabo-musulman, lui qui aurait dû donner une tout autre dimension à la lutte contre Israël. Mais voilà, ce ne fut pas la seule erreur de casting de Abou Ammar et l’Histoire ne fait pas de cadeau, pas comme les adorateurs de houbal aux adorateurs du Veau.
Ahed Tamimi est toujours placée en garde à vue et la Nakba se poursuit. Aujourd’hui plus que jamais on est tous Ghaza.