Conservés au Musée de l’Homme à Paris : Du nouveau pour les crânes d’Algériens ?

Selon un recensement effectué en avril 2018, le nombre de crânes d’Algériens conservés au Musée de l’Homme à Paris s’élève à 536 provenant de toutes les régions d’Algérie.
Le 3 juillet 2020, l’Algérie rapatriait les restes de 24 crânes, des symboles de la résistance à l’occupation française qui ont retrouvé leur terre natale après un siècle et demi de leur décapitation et le transfert de leurs crânes en France. Ce rapatriement a été rendu possible à la suite d’une demande officielle formulée par l’Algérie à la France et des entretiens entre les plus hautes autorités des deux pays, avait-on affirmé.
Conservés depuis plus d’un siècle et demi au Musée d’histoire naturelle de Paris, les crânes des résistants rapatriés et qui ont eu droit à une cérémonie militaire solennelle, présidé par le président de la République, appartiennent à des héros de la résistance algérienne contre le colonialisme français, à l’instar de Mohammed Lamjad Ben Abdelmalek dit Chérif Boubaghla (1854), Cheikh Bouziane des Zaâtchas (1849), Moussa El-Derkaoui, son conseiller militaire, et Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui.
Il s’agissait également de la tête momifiée d’Aïssa El-Hamadi, qui fut le lieutenant de Cherif Boubaghla et le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader.
Le Président Tebboune avait annoncé, lors d’une cérémonie officielle organisée à l’occasion du 58e anniversaire du double anniversaire de l’Indépendance et de la jeunesse, qu’il s’agit d’une première étape de rapatriement des restes mortuaires des résistants algériens, en faisant part de la détermination de l’Etat de poursuivre cette opération jusqu’au rapatriement de l’ensemble des restes des résistants algériens pour qu’ils soient enterrés sur la terre pour laquelle ils se sont sacrifiés.
Pourtant, une enquête du «New York Times» indiquait, en 2022, que seuls 6 de ces 24 crânes étaient clairement identifiés comme étant ceux de résistants décapités au XIXe siècle pendant la colonisation française, les autres « ne le sont pas ou sont d’origine incertaine ». Ces restes mortuaires sont également restés la propriété de la France après leur remise, indiquait également le média américain, qui s’est basé sur des documents obtenus auprès du musée d’Histoire naturelle et du gouvernement français.
Les précipitations de Macron
Pour le New York Times, ce « retour imparfait » s’explique par un problème plus large de restitutions souvent « secrètes, confuses et politiquement opportunes » de la part de la France, qui tente de remodeler sa relation avec le continent africain. Citée dans l’article, la sénatrice française Catherine Morin-Desailly regrette ce rapatriement «bâclé, fait en catimini». Le comité franco-algérien mis en place pour déterminer les restes qui pourraient être restitués à l’Algérie avait identifié, en juin 2020, 24 crânes susceptibles d’être renvoyés, sur un total de 45 datant de la colonisation. « Mais les recherches ont été écourtées par le bureau d’Emmanuel Macron, qui souhaitait que les crânes soient restitués avant le 5 juillet, jour de l’indépendance de l’Algérie », rapportait la même source.
Toutefois, et depuis ce lundi 13 novembre, les choses pourraient évoluer puisque l’Assemblée nationale française a voté en première lecture une proposition de loi sénatoriale pour encadrer et faciliter la restitution à des États étrangers de restes humains appartenant aux collections publiques françaises. Députés et sénateurs doivent désormais se réunir en commission mixte paritaire pour tenter d’établir une version définitive de ce texte consensuel, qui crée une dérogation au « principe d’inaliénabilité » des collections.
« Ces vestiges sont parfois entrés dans nos collections après avoir été acquis de manière illégitime, voire violente », a rappelé la ministre de la Culture Rima Abdul Malak. « Ce texte permet d’apaiser, de réconcilier les mémoires », a-t-elle estimé.
En effet, plusieurs centaines d’établissements publics en France (musées, monuments, services d’archéologie, universités) comptent des restes humains dans leurs collections. Initiée par la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, le communiste Pierre Ouzoulias et le LR Max Brisson, la proposition de loi instaure une procédure administrative permettant de faire sortir des collections, par décret en Conseil d’État, des restes humains « de personnes mortes après l’an 1500 », afin de les restituer aux autorités de leur territoire d’origine.
La demande doit être instruite d’État à État, fondée sur un travail scientifique transparent et collégial, et les vestiges restitués sont destinés à recevoir un traitement funéraire ou « mémoriel », un terme ajouté par les députés en commission.
SAID OUSSAD
