Ce que j’en pense: Le monde va bien. Pas moi

>> Par Saïd Adel

Le monde va bien, c’est moi qui ne vais pas bien.
C’est plus simple de se soigner que de soigner un autrui dont on ignore tout. Un autrui capable du pire dans un monde où les limites de l’abjection n’existent plus. Un autrui qui mange à la table d’anthropophages tout en décriant l’extinction des ours blancs dans le pôle Sud ou Nord, je ne sais plus. J’ai perdu cette boussole atavique des ancêtres qui les menait vers le bien, vers le mieux tout en les gardant pauvres. Nous mourrons tous pauvres, même les nabots ou nababs modernes qui pensent peser sur la destinée de l’humanité.
Le monde va bien, c’est moi qui ne vais pas bien.
Des enfants, non des bébés, sont massacrés et entassés dans des fosses communes sous les yeux d’un monde atrophié par une embolie mémorielle usée et usante d’un peuple pourtant élu. C’est moi, c’est sûr, c’est moi qui ne vais pas bien puisque je suis capable de manger, dormir et travailler sous ce flux d’images immondes avec pour réaction une timide récrimination d’un « Nuit et brouillard » relooké, rien de plus. Les victimes d’hier sont les bourreaux d’aujourd’hui, rien de moins.
Le monde va bien, c’est moi qui ne vais pas bien.
La démocratie n’a plus la même saveur, la dictature non plus. Le sucré et l’amer ne sont plus une question de goût ou de palais mais une histoire d’images cathodiques diffusées à profusion de manière continue et répétitive comme un nouveau sacerdoce à implémenter sur le disque dur d’une population qui ne pense plus, qui ne croit plus mais qui s’inquiète des lendemains d’une panse qu’il s’agit de satisfaire coûte que coûte, oui, coûte que coûte même au prix d’un aveuglement de la conscience.
Le monde va bien, c’est moi qui ne vais pas bien.
Je fais appel à ma mémoire et j’actualise instinctivement le « Diable » de Brel pour me souvenir de 1954, année où Satan vantait, autour d’un banquet, la malfaisance d’une humanité en quête de rentabilité, de profitabilité au détriment d’un pays d’enfants, pas ceux de Ghaza, pas encore. Soixante-dix ans plus tard, je me souviens de mon grand-père, de ma grand-mère, je me souviens de ma mère, courant apeurée, effrayée devant un ciel plein d’avions jaunes. Elle avait sept ans, ma mère.
Honte à moi…honte à nous.

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