Ce que j’en pense: De notre indécence
>> Par H. Yousria
Depuis nos lieux sûrs, loin des champs de bataille et des décombre de Ghaza, nous sommes témoins de récits bouleversants ; où se mêlent bravoure, résistance, terreur, souffrance et horreur ; pris entre une profonde empathie et notre propre indécence, que nous croisons souvent sans la reconnaitre.
Il arrive alors, depuis cette position, qu’on évoque la fertilité des femmes palestiniennes comme un acte de résistance, une absurdité cruelle qui déshumanise la douleur intime d’une mère face à la perte de ses enfants. Nous louons les sacrifices du peuple palestinien sans vraiment partager leur fardeau et glorifiant, parfois, des pertes que nous n’avons pas vécues. D’autres fois, nous nous complaisons dans une « romantisation » de la résistance palestinienne. Ses admirateurs et admiratrices, fantasment sur cette lutte, idolâtrant ceux qui la mènent sans réellement mesurer le coût qu’ils supportent.
Certains attribuent à la résistance de ce peuple la lourde tâche de restaurer une dignité ternie par les gouvernements arabes. Ils voient en elle une forme de rédemption, une nostalgie d’une gloire passée. Pourtant cette résistance n’est pas un spectacle pour rappeler à d’autres leurs grandeurs révolues. Elle est née de ce peuple, pour ce peuple, aspirant simplement à recouvrer sa terre, ses droits, son humanité et sa dignité.
Au milieu de cette dichotomie, des jugements s’élèvent contre la résistance elle-même, évaluant ses actions sans comprendre la profondeur de son désespoir. Ces critiques, isolées de cette réalité douloureuse, conditionnent leur soutien à des idéaux moraux, feignant d’ignorer les tourments vécus par le peuple palestinien. Certains vont jusqu’à blâmer la résistance pour l’ampleur de la folie génocidaire d’Israël. Refusant ainsi à ce peuple palestinien le droit légitime de se révolter et de lutter pour vivre librement et dignement de la manière qu’il juge nécessaire.
D’autres voix soulèvent des questions sur la diffusion d’images d’enfants martyrisés, mutilés, brûlés, terrorisés, ainsi que des parents endeuillés. Ces voix se demandent pourquoi exhiber ces enfants, pourquoi exposer ces horreurs. Elles ne saisissent pas que pour ce peuple, oublié du reste du monde, documenter ces horreurs est une manière de tenir une promesse ; que cette fois-ci, le monde ne détournera pas le regard. Appelant à une humanité qui ne s’émeut que face à la dévastation.
Dans ces échanges quotidiens, au détour d’une discussion banale, l’indécence se glisse parfois en un invité impromptu, malhabile et déplacé. Elle s’éveille souvent dans les âmes dont les mains se sentent liées, captives d’une réalité réfractaire. Comme des cris étouffés dans l’abîme du pouvoir perdu, ces mots déroutants trahissent la frustration d’une impuissance à influencer le cours des choses.
Peut-être que la décence réside dans l’humilité à agir simplement : boycotter les produits qui soutiennent Israël et amplifier les appels à la liberté sur les réseaux sociaux, sans s’approprier leurs récits.
Nous formons une multitude d’échos, mais gardons en tête que leur bataille ne nous appartient pas. Inspirons-nous juste de cette résistance lointaine pour libérer nos esprits et nos âmes.