Ce que j’en pense: Un détail mineur !

>>Par B. Mira

Tafsir Thanawi, titre du roman de l’écrivaine palestinienne, Adania Shibli, pour lequel elle devait recevoir le prix littéraire LiBeraturpreis, le 13 octobre dernier à Francfort, est basé sur une histoire vraie. En 2003, Haaretz avait révélé qu’en août 1949, des soldats israéliens avaient kidnappé, violé, assassiné et enterré une jeune bédouine du Néguev.
Les révélations du livre censuré ont remis le viol en tant qu’arme de guerre sur le devant de la scène. La brutalité de la bataille médiatique qui a cours depuis le 7 Octobre montre encore que médias et réseaux sociaux sont devenus les nerfs de la guerre. Entre stigmatisation et victimisation, la propagande israélienne fait tout pour susciter l’émoi et la réactivité, en rejetant ses propres mécanismes répressifs sur ses adversaires.
Pour dénoncer le patriarcat, « propre » aux sociétés arabo-musulmanes, caractérisées par « l’hypersexualité » des hommes, le fémonationalisme, dernier rempart du sionisme, s’empare d’idées féministes imprégnées de ferfarisme pour faire la promotion d’une stratégie discursive raciste. Une démarche sournoise qui accuse les mouvements féministes d’hypocrisie et d’antisémitisme… uniquement parce que les victimes seraient juives !
Pourtant, tous ces crimes doivent être traités sans discrimination, sans considération pour l’ethnie ou le genre des victimes, car toutes devraient disposer du même droit à être écoutées, sans s’approprier leurs souffrances.
Exploiter et instrumentaliser dans l’unique perspective d’alimenter sa campagne de désinformation laisse peu de place à la crédibilité. Pour salir la Résistance palestinienne et soustraire les événements actuels de l’historique colonial qui permet encore à l’occupation israélienne de prospérer, les voix des victimes importent peu pour les adeptes de la directive Hannibal.
Il n’est donc pas déraisonnable de considérer avec suspicion les informations relayées via leurs réseaux, d’autant plus que « l’enquête pourrait durer des années ». On se demande alors pourquoi avoir convoqué la presse alors qu’à l’évidence, « la police ne dispose que de peu d’éléments pour documenter d’éventuels crimes sexuels » ? Est-ce pour faire oublier au monde que, depuis le nettoyage ethnique en 1948 jusqu’aux dernières révélations faites par les prisonnières palestiniennes libérées des prisons israéliennes, le viol est depuis toujours le procédé préféré du système répressif sioniste ?
Si les crimes sexuels de guerre sont considérés à juste titre, comme des crimes de guerre, contre l’humanité et des instruments de génocide qui constituent des violations graves du droit international humanitaire ; l’affirmation « de tout temps, il y a eu des viols en temps de guerre », qui tend à normaliser l’accroissement de telles pratiques lors des conflits, implique plusieurs questions.
À quel moment peut-on considérer de telles atrocités comme « arme de guerre » ? Quelle est la guerre qui exige une telle arme ? Qu’est-ce qui permet qu’une telle régression soit pensable ? Comment est-il possible que de tels procédés aient encore cours en tant qu’injonctions plus ou moins autorisées, voire commanditées ? Entre les viols « classiques » et les viols « sur ordre », comment peut-on cautionner de telles ignominies ? Quel est donc ce détail mineur qui condamne une femme à subir éternellement la folie des hommes ?
Il est bien beau de dénoncer pour « punir le viol » si tenté qu’il soit effectivement puni ! Quand on finance, dans le même temps, des armées qui les commettent au nom de la «supériorité ethnique ».
Même si la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (1949) incluait des dispositions protégeant les femmes contre toute atteinte à leur honneur, il a fallu attendre 2016 pour que la Cour pénale internationale obtienne sa première condamnation pour viol en tant que crime de guerre. Cependant, la condamnation du responsable a été annulée deux ans plus tard.
L’impunité… Toujours.

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