Rafik Nader El Kaissi, représentant du FPLP à Alger, à Algérie Presse Le 7 Octobre, la normalisation et le rôle de l’Amérique
Interview réalisée par SAID OUSSAD (Première partie)

Le représentant du Front populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) en Algérie,
Rafik Nader El Kaissi, revient, dans cette première partie de l’entretien qu’il nous a accordé, sur les événements du 7 Octobre, la complaisance et la complicité des Américains et des pays européens avec l’entité sioniste et la propagande et les fake news diffusés par les médias mainstream.
Algérie Presse : Deux mois se sont écoulés depuis le début de l’agression contre Ghaza et on évoque plus de 15000 martyrs dont la moitié sont des enfants, 42 000 blessés et l’exode de 1,5 million d’habitants. Est-ce qu’on peut supposer que ces chiffres sont vrais ou inférieurs à la réalité ?
Rafik Nader El Kaissi : Avant de commencer, je voudrais me recueillir sur la mémoire de nos martyrs et remercier notre vaillante Résistance. En vérité, ces chiffres ne sont pas réels pour deux raisons. La première est qu’il n’existe pas de statistiques précises puisque le corps de beaucoup de martyrs n’ont pas été déposés aux hôpitaux et donc ne sont pas comptabilisés. L’armée d’occupation interdit à la Défense civile l’accès aux zones ciblées ; elle bombarde le même endroit plusieurs fois et le corps des martyrs sont déchiquetés jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un lambeau de chair. La seconde raison est qu’on assiste aux bombardements de tours d’immeuble à l’aide de bombes inédites de fabrication américaine qui les pulvérisent, littéralement, au bout d’une seule frappe. Comme vous le savez, les moyens de la Défense civile sont limités et ils ne disposent pas du matériel adéquat et de secouristes spécialisés pour venir en aide aux habitants ou dégager les corps ensevelis sous les décombres d’un immeuble de plusieurs étages. Il reste encore un nombre considérable de martyrs sous les ruines de ces habitations et les statistiques actuelles sont incomplètes. Il y a plus de 7.000 martyrs qu’on ne peut dégager pour le moment de sous les décombres.
Concernant l’exode, beaucoup d’habitants sont sortis de chez eux en direction d’autres régions, mais nombre d’habitants au Nord de Ghaza sont restés dans leurs logements au contraire de ce qu’affirme la propagande sioniste. On estime à quelque 800.000 Palestiniens à ce propos. Tout cela à un rapport étroit avec l’opération post-7 Octobre qui est celui du déplacement de la population. C’est un ancien-nouveau projet en lien avec les projets de l’Administration américaine qui ont été annoncés par la voix de ses ministres des Affaires étrangères (Secrétaires d’Etat, ndlr) dont Condoleezzaa Rice et Hilary Clinton ainsi que l’Accord du siècle, paraphé pendant le mandat de Trump, et rejeté par notre peuple. Actuellement, les gens se déplacent à l’intérieur pour fuir les bombardements sauvages et barbares ainsi que le génocide perpétré par l’entité sioniste. 75 à 80% des habitants de la Bande de Ghaza sont des réfugiés et la définition du réfugié est celle du Palestinien qui a été chassé des territoires occupés en 1948, ce qu’on appelle aujourd’hui « l’entité sioniste », à cause des massacres commis en ces temps-là par les terroristes de Hagganah et d’Irgoun devenus par la suite la colonne vertébrale de l’armée d’occupation. La plupart des Palestiniens chassés de leurs terres avaient rejoint les camps de réfugiés. Les territoires occupés sont, à la base, les terres des Palestiniens de Ghaza et ils n’accepteront jamais une nouvelle Nakba. C’est une décision unanime prise par le peuple, les autorités et la Résistance. En résumé, ce déplacement auquel nous assistons actuellement est un déplacement intérieur, forcé, à cause des crimes de guerre reconnus comme tels selon les définitions établies par les droits international et humain.
On doit souligner un aspect essentiel : le 7 Octobre n’est pas le point de départ de la Cause palestinienne et celle des réfugiés qui a 75 ans d’existence. Le conflit n’est pas né du 7 Octobre et le « Déluge d’Al Aqsa » est venu pour redonner de la considération à la Cause qui avait été marginalisée pendant assez longtemps dans le monde arabo-musulman. On l’a vu avec la dernière rencontre qui a réuni Mahmoud Abbas et Joe Biden sur la solution à deux Etats. Le président américain lui a textuellement dit que même si Le Christ ressuscitait personne n’évoquera avec toi cette alternative. Comprendre par la solution à deux Etats, c’est l’établissement d’un Etat palestinien aux frontières décidées au 7 juin. La décision 108 a été prise pour diviser la Palestine en deux territoires. La partie relative à l’entité sioniste a été mise en œuvre alors que celle concernant la Palestine n’a pas été activée. Après le 7 Octobre, on a remarqué que c’est la Maison blanche qui a remis au goût du jour cette solution à deux Etats pour sortir l’entité sioniste, son fils prodigue, de cette impasse.
L’autre aspect primordial du « Déluge d’Al Aqsa » est qu’il a permis de stopper le processus de normalisation avec les pays arabes particulièrement avec l’Arabie saoudite. Aussi, l’arrivée des navires de guerre dans la région du Moyen-Orient n’est pas fortuite puisqu’elle fait partie d’un plan global en lien avec l’actualité internationale à travers la guerre en Ukraine et la présence de la Chine et de la Russie dans la région. L’Amérique cherche à se replacer au Moyen-Orient. En plus, ce qui se passe en Palestine est un projet impérialiste sous le patronage des USA de l’aveu même de Biden qui avait déclaré un jour que Si Israël n’existait pas, on l’aurait inventé. L’entité sioniste représente un poste avancé à ces pays dans la région. Lors de l’incursion de la Résistance, le 7 Octobre, dans les territoires occupés, elle a mis la main sur des documents établissant des liens entre l’entité sioniste et ces pays impérialistes. La Résistance détient d’autres secrets qui seront révélés à l’avenir.
Ce qui est certain, c’est que le « Déluge d’Al Aqsa » a permis de distinguer le camps des ennemis de celui des partisans de la Cause palestinienne et il a démontré le flagrant parti-pris des Américains pour l’entité sioniste au détriment du peuple palestinien. Ni légitimité internationale ni résolutions onusiennes, tout est clair maintenant pour l’Axe de la résistance et pour le peuple palestinien.
Pour revenir à la solution à deux Etats, Netanyahu a affirmé dernièrement que cette option est inacceptable et qu’il n’y aura jamais un Etat palestinien. Qu’en pensez-vous ?
A ce propos, laissez-moi revenir sur la nature de cette entité qui a été bâtie à la base sur une idée du mouvement sioniste. Un mouvement laïc, qui n’a aucun lien avec le judaïsme, mais qui a instrumentalisé la religion pour mettre en place cette entité. Le clergé juif et le mouvement sioniste sont en désaccord et le projet dépasse la Palestine. C’est ce qu’on voit avec ce gouvernement fasciste quand le ministre des Finances (Bezalel Smotrich, ministre ultranationaliste israélien, ndlr) exhibe, lors d’un congrès à Paris, une carte représentant l’entité sioniste englobant la Palestine, le Liban, la Jordanie, la moitié de l’Irak, une partie de la Syrie et de l’Arabie saoudite qu’ils considèrent comme la terre des ancêtres. Et s’il y a normalisation avec Ryad, c’est la perte des Saoudiens. S’il n’y avait pas eu l’avènement du 7 Octobre, l’Arabie saoudite aurait normalisé ses relations avec l’entité sioniste au bout de deux voire trois semaines. Ce cas de figure aurait constitué une catastrophe pour le monde arabo-musulman. Si elle avait normalisé, cela voudrait dire que l’ensemble des pays arabes et musulmans auraient suivi cette voie. Ce n’est pas nous qui le disons, mais c’est Biden qui l’a reconnu en affirmant que c’est Hamas (alors que nous, on parle de la Résistance représentée par toutes les factions palestiniennes dont le FPLP à Ghaza et en Cisjordanie), qui est passé à l’action en apprenant l’imminence de la normalisation de l’Arabie saoudite avec l’entité sioniste.
La Résistance a également appris l’existence du projet du canal de Ben Gourion qui avait été évoqué lors d’un sommet du G20 (à New Delhi, ndlr) où il a été décidé de mettre en place la nouvelle Route de la soie qui relierait l’Inde à l’Europe en passant par l’entité sioniste, les pays du Golfe, le Golfe d’Aqaba et par les territoires occupés et, forcément, transiter par Ghaza d’où ce déplacement forcé des Palestiniens dont ils parlent. Après le 7 Octobre, le ministre américain des Affaires étrangères, Blinken, s’est empressé de faire une tournée, en deux jours de plusieurs pays arabes dont l’Egypte, la Jordanie, le Qatar et l’ensemble des pays du Golfe leur demandant d’accueillir les Palestiniens de Ghaza. C’était sa seule requête, en distribuant à chaque pays un quota de réfugiés. Ainsi, l’Egypte accueillerait un million de Palestiniens, je ne sais pas combien pour l’Arabie saoudite et 500 ou 600 réfugiés pour le Qatar pour ne pas influer sur les équilibres démographiques. Vous imaginez l’insolence américaine qui demande aux régimes arabes d’accepter le déplacement forcé des Palestiniens. Bien entendu, cette demande a été refusée alors qu’il existe un deuxième projet pour déplacer les Palestiniens de Cisjordanie vers la Jordanie. Un projet talmudique piloté par des partis religieux extrémistes actuellement au pouvoir dont celui de Ben Ghafir (Itamar Bin Gvir, ministre de la Sécurité nationale et chef du parti de droite « Pouvoir juif », ndlr) et du ministre des Finances dont je n’ai jamais appris le nom (dirigeant du parti d’extrême droite Mafdal, ndlr).
Ils veulent vider la Palestine de ses premiers habitants, mais je peux vous assurer que le peuple palestinien résiste sur ses terres malgré tout, et ce qui se passe à Ghaza est un génocide établi de fait. Et face aux criminels de guerre que ce soit au sein des dirigeants de l’entité sioniste ou de l’Administration américaine, à sa tête Biden et Blinken (qui ont publiquement encouragé le génocide du peuple palestinien sous prétexte de la légitime défense), nous allons engager contre eux des poursuites devant la Cour pénale internationale. A propos de la légitime défense, nous nous interrogeons sur l’identité de celui qui droit se défendre : la victime ou le bourreau. A la base et en toute simplicité, ce qui se passe en Palestine, c’est un occupant et un peuple sous occupation. Donc qui se défend ? Le peuple palestinien ou…
Pardon, ce concept de « légitime défense » n’est pas brandi seulement par les Etats-Unis, mais aussi par tous les autres pays occidentaux comme la France, l’Angleterre l’Allemagne ou l’Australie pour justifier le génocide actuel…
Qu’on soit clair sur ce point, il ne fait aucun doute pour nous que le camp des ennemis de la Cause palestinienne ne comprend pas uniquement l’entité sioniste, mais englobe les pays impérialistes qui ont consolidé le projet sioniste à commencer par l’Angleterre avec le traité Balfour, qui ont aidé cette entité financièrement et sur le plan de la technologie en facilitant le débarquement de ces sionistes sur les terres palestiniennes afin de se débarrasser d’eux. Pour nous, le camp des ennemis, c’est l’Amérique et les pays sous sa domination qu’ils soient des Etats impérialistes européens ou des Etats réactionnaires arabes. Malheureusement, nous avons constaté et vérifié depuis le 7 Octobre que ces pays se sont empressés au chevet de l’entité sioniste pour lui donner le feu vert de se défendre. Pourquoi ces pays n’ont pas réagi pendant 75 ans quand notre peuple a été victime de 500 à 700 massacres et pourquoi n’ont-ils pas permis au peuple palestinien de se défendre alors que toutes les lois internationale, humaine, morale et religieuse nous donnent le droit de nous défendre tandis que nous vivons sous l’une des dernières occupations dans ce monde. Il existe plus de 700 résolutions onusiennes dont aucune n’a été appliquée concernant la question palestinienne. Alors que toutes les résolutions relatives à l’entité sioniste ont été appliquées, quant à elles. Alors, je dis que ces pays sont complices de cette entité.
C’est vrai, qu’on a constaté certains changements dans des positions de certains pays comme la France où le discours de Macron a évolué. Pourquoi ce changement ? Parce que la propagande sioniste qui faisait croire à l’existence de massacres d’enfants et de femmes a été démentie. Par qui ? Pas par nous, puisque la Résistance n’a pas droit à la parole. Ce sont eux qui ont démenti ces informations, les experts américains, les experts européens l’ont fait mais malheureusement et jusqu’à maintenant ces mêmes fake news sont repris par l’Administration américaine, la Maison blanche et l’UE. On a même vu que les enquêtes menées par Haaretz (quotidien israélien d’obédience socialiste, ndlr) et les médias hébreux ont démontré que l’armée israélienne est derrière la mort des colons, le 7 Octobre.
Des ordres avaient été donnés à l’escadron des hélicoptères Apache de tirer sur ceux qui étaient présents à la rave-party qui s’était tenue à proximité de la frontière avec la Bande de Ghaza. Il existe des enregistrements du commandant de l’escadron et sa base qui lui intime l’ordre de tirer sur tous ceux qui étaient sur place. Nos combattants étaient équipés d’armes légères, ils n’avaient pas de phosphore pour calciner toute la région et brûler les gens. Prétendre que c’est la Résistance qui est derrière ces incendies criminels n’est que pure propagande pour s’attirer la sympathie de l’opinion mondiale et malheureusement la majorité des médias internationaux ont pris la désinformation sioniste comme argent comptant. Toutefois, les vrais professionnels ont pris le temps de vérifier leurs sources et d’analyser les vidéos mises en circulation, et ils se sont rendus de la supercherie.
Israël a accusé votre parti, le Front populaire de Libération de la Palestine de détenir en otages une famille israélienne, dont le petit Kfir âgé de seulement 10 mois. L’information a été reprise en boucle par les médias mainstream français et européens. Qu’en est-il au juste?
C’est un mensonge. Vous avez remarqué les manifestations pro-palestiniennes en Europe. Cette entité s’appuie sur la propagande. Il ment à son peuple, au monde entier, mais le problème est qu’il existe des parties qui croient en ces mensonges. Quand tu trouves des pays et des administrations qui acceptent ses versions sans en vérifier la véracité. Allez vérifier ! Est-ce vrai ou pas ? Dans une interview télévisée, la journaliste d’Al Jazeera interroge Borell de l’UE (Josep Borell, Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité depuis 2019, ndlr), sur la nature des massacres commis contre le peuple palestinien.
Peut-on prétendre que ce sont des crimes de guerre. Borell répond qu’il ne peut pas se prononcer puisqu’il n’a pas enquêté sur ces cas. Quand la même journaliste lui demande si ce qui s’est passé le 7 Octobre, lors de l’incursion des hommes de la Résistance, dans les territoires occupés étaient des crimes de guerre, il s’est empressé de répondre par l’affirmatif. Alors la journaliste lui a demandé s’il avait enquêté sur ces cas là. Il s’est alors rétracté.
En vérité, il y a une attaque systématique menée en Europe contre la Résistance palestinienne et ses factions car il existe deux parties qui sont derrière le mouvement de sympathie et de soutien à la Cause et au peuple palestiniens qui traverse le monde. Ces partisans ne sont pas tous du FPLP ou de Hamas, mais ces derniers ainsi que d’autres factions sont parmi les acteurs les plus influents en Europe à travers leurs relations avec les partis politiques de gauche et ceux qui soutiennent la Cause. L’attaque contre le FPLP a pour but de le dénigrer aux yeux de l’opinion publique européenne. Je tiens à rappeler que le Front est placé sur la liste des organisations terroristes avant même l’avènement de Hamas. Cette information des otages participe à cette attaque orchestrée contre le FPLP. Dans les années soixante-dix, nous avons détourné des avions à leurs bords entre 1500 et 2000 passagers et nous n’avons tué aucun civil.
C’est une propagande menée contre les factions de la Résistance et l’ensemble des propagandes a été démonté. Tout le monde a vu comment la Résistance s’est comportée avec les prisonniers. Et pour information, ces derniers ont été capturés dans les territoires occupés en 1948 par des civils et par les combattants de la Résistance, le 7 Octobre. Dans un premier temps, nos combattants ont investi des positions stratégiques et ont arrêté des militaires dont le nombre dépasse, et de loin, les chiffres donnés par l’ennemi. Parmi ces militaires, il y a aussi des Américains. D’autres soldats américains ont également été faits prisonniers aux premières heures de l’incursion terrestre de l’armée sioniste dans la Bande. Concernant les civils entre ses mains, la Résistance a d’emblée déclaré qu’elle les considérait comme des invités et à la première opportunité, elle allait les libérer. Ce qui a obligé la Résistance à opérer l’échange des prisonniers, a été la féroce attaque des sionistes contre les Palestiniens de Cisjordanie, en écrouant plus de 3.500 personnes depuis le 7 Octobre.
Ce qui se passe en Cisjordanie n’est jamais étranger à Ghaza. Avant le début du « Déluge d’Al Asqa », il y a eu une rencontre entre les factions de la Résistance palestinienne, Hamas, le FPLP et le Jihad islamique pour annoncer une nouvelle intifada en Cisjordanie. L’entité sioniste, en réagissant à ce communiqué de la Résistance, a retiré tout un bataillon des frontières avec Ghaza.
A suivre : dans la deuxième partie de cette interview, vous découvrirez comment la Résistance a berné l’armée d’occupation avant le 7 Octobre, les secrets des documents tombés sous la main de la Résistance et le sort des détenus palestiniens dans les prisons de l’entité ainsi que d’autres révélations.
