Plus de 4,7 millions d’Algériens concernés Diabète : Une urgence nationale

Les chiffres donnent le vertige. Selon la Fédération internationale du diabète, 17,5 % de la population algérienne âgée de 18 à 69 ans, soit près de 4,7 millions de personnes, vivent aujourd’hui avec le diabète. En 2017, la prévalence n’était encore que de 14,4 %. En sept ans, la hausse est fulgurante, plaçant l’Algérie parmi les pays les plus touchés du bassin méditerranéen. À l’échelle mondiale, 537 millions d’individus sont atteints de cette maladie chronique alors que les projections annoncent 783 millions de malades d’ici 2045.
Invitée, hier, sur la Chaîne 3 de la Radio nationale, le Professeur Samia Zekri, spécialiste en médecine interne et experte en diabétologie au ministère de la Santé, a dressé un constat alarmant : « L’Algérie n’est pas épargnée par cette explosion mondiale ».
Le diabète le plus fréquent en Algérie reste le diabète de type 2, directement lié à l’obésité. « Quand le ventre pointe, c’est que la graisse a envahi les viscères, y compris le foie : l’insuline devient inefficace et le diabète s’installe », a expliqué la professeure.
Le surpoids touche désormais toutes les tranches d’âge, et la lutte contre l’obésité est devenue, selon elle, la clé pour freiner l’épidémie. Une société algérienne de lutte contre l’obésité a d’ailleurs vu le jour afin de dépister le surpoids et prévenir l’apparition du prédiabète.
Le thème retenu cette année pour la Journée mondiale du diabète, célébrée le 14 novembre, résume bien cette réalité : « Le diabète touche tous les âges ». De la grossesse au troisième âge, personne n’est à l’abri.
L’un des signaux les plus inquiétants concerne les plus jeunes. Une étude de l’Institut national de santé publique (INSP), publiée en janvier 2025, révèle que 13,4 % des enfants algériens âgés de 5 à 11 ans sont déjà obèses. « Sans intervention rapide, ces enfants deviendront très probablement diabétiques à l’âge adulte », a prévenu l’intervenane.
Des enfants de plus en plus obèses
Face à ce constat, elle a plaidé pour un retour au régime méditerranéen – riche en légumes, fruits et produits du terroir– et une rupture avec la « malbouffe » importée. « Le hamburger, nous l’avons tous adopté, mais il nous a fait énormément de mal, surtout à nos enfants », a-t-elle regretté.
La responsabilité, a rappelé la spécialiste, ne repose pas uniquement sur les familles. Le ministère de la Santé a instauré un comité multisectoriel chargé de réduire la teneur en sucre des produits alimentaires.
Historiquement, après l’indépendance, l’Algérie avait volontairement augmenté les taux de sucre pour combattre la malnutrition : « On atteignait 160 grammes par kilo ou litre ; aujourd’hui, les textes limitent cette quantité à 110 grammes, mais sur le terrain, les boissons paraissent toujours aussi sucrées », a-t-elle déploré.
Les industriels, redoutant une baisse des ventes, ont souvent remplacé le sucre par des édulcorants, que la professeure qualifie de « cancérigènes ». Ceux-ci entretiennent en outre une dépendance au goût sucré, rendant le sevrage plus difficile.
« Nous devons apprendre à diminuer progressivement notre consommation : préférer les sucres lents et éviter les sucres rapides », a-t-elle conseillé, rappelant que les “trois blancs” — sucre, sel et graisse – constituent un danger commun pour la santé.
Les conséquences du diabète sont dramatiques : première cause mondiale de cécité, d’amputations non traumatiques et de dialyse. D’où l’urgence, selon le Pr Zekri, d’un dépistage précoce, d’une éducation thérapeutique des patients et d’une mobilisation collective. « Nous devons unir nos forces: médecins, psychologues, éducateurs, paramédicaux, mais aussi citoyens. »
La spécialiste a d’ailleurs tenu à appeler à une prise de conscience nationale. Lutter contre cette maladie, a-t-elle conclu, « c’est redonner à notre population les clés d’une meilleure santé ».
T. Feriel
