Une réaction en chaîne appréhendée : Hausse surprise des carburants

Dès le 1er janvier 2026, les prix de l’essence, du gasoil et du GPL ont été révisés à la hausse sans avertissement préalable. L’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH) a appliqué cette décision à minuit, sans qu’elle ne soit inscrite dans la loi de finances 2026. À Oran, comme dans le reste du pays, cette mesure a surpris automobilistes, commerçants et familles, suscitant inquiétudes et interrogations sur ses répercussions économiques et sociales.

La nouvelle année a commencé dans les rues encore calmes d’Oran sous une atmosphère inhabituelle pour un réveillon. Les stations-service ont affiché les nouveaux tarifs dès minuit : l’essence sans plomb passe à 47 DA le litre, le gasoil à 31 DA et le GPL à 12 DA, contre respectivement 45,62, 29,01 et 9,2 DA auparavant. Amine, chauffeur de taxi, témoigne : « J’ai fait le plein ce matin et je découvre que le litre d’essence a encore augmenté. Ça commence l’année sur une mauvaise note. Nous n’avons pas été informés à l’avance, et cette hausse n’était même pas inscrite dans la loi de finances. »
Dans les files d’attente, les conducteurs recalculent leurs budgets mensuels et discutent des impacts sur les transports ou la livraison de denrées alimentaires. Sur les réseaux sociaux, les citoyens expriment rapidement leur frustration avec des hashtags tels que #HausseCarburant, dénonçant un manque de communication directe et une absence de concertation.
L’impact est également tangible dans les marchés et les quartiers populaires. Au marché de Sidi El Houari, les commerçants chargent les caisses de fruits et légumes, conscients de la hausse du coût du transport. « Le carburant augmente, le transport augmente… forcément, cela peut se répercuter sur le prix de nos produits », observe un vendeur. Fatima, mère de deux enfants, explique : « Pour déposer les enfants à l’école, faire les courses et aller au travail, je dépense déjà beaucoup. Cette hausse complique davantage notre budget. » Selon l’Office National des Statistiques, un ménage moyen consomme environ 120 litres de carburant par mois, ce qui représente un surcoût de 200 à 250 DA, un montant significatif pour les familles modestes.
Pour les professionnels du secteur, la mesure est perçue comme un soulagement. L’Union nationale des travailleurs des stations-service (UNPRAST) souligne que cette revalorisation des marges était attendue depuis plusieurs années. Le président de l’organisation précise : « Après des années de patience et de persévérance, cette mesure permet de sécuriser les revenus des distributeurs et d’assurer la qualité du service aux citoyens. » Dans les stations indépendantes, confrontées à des coûts logistiques et à l’entretien des infrastructures, cette revalorisation contribue à stabiliser l’équilibre financier.
L’ARH justifie la hausse par le décret exécutif n°21-63 du 11 février 2021, qui établit la méthodologie de calcul des prix en tenant compte du coût de production et de raffinage, des marges des distributeurs et des taxes appliquées tout au long de la chaîne de commercialisation. Toutefois, contrairement aux révisions précédentes, cette augmentation n’a pas été inscrite dans la loi de finances 2026, une première depuis le budget complémentaire de 2020. Pour de nombreux citoyens, cette absence de cadre parlementaire renforce la perception d’une décision imposée et inattendue.
Les carburants subventionnés représentent un poste majeur pour le budget de l’État algérien. L’objectif affiché est de réduire progressivement les subventions, de stabiliser le marché et de préparer le pays à une transition énergétique. À Oran, le timing de l’annonce est cependant critiqué. Commerçants et familles craignent une répercussion sur les prix alimentaires et le transport. Le député Ahmed Beljalali, membre de la commission des finances à l’Assemblée populaire nationale, précise que ces hausses ne constituent pas de nouvelles taxes mais relèvent de mécanismes légaux de révision des prix des produits subventionnés. Il ajoute que le dispositif de compensation prévu par l’article 188 de la loi de finances 2022 reste non opérationnel, laissant les ménages sans protection face à l’inflation.
Bien que la hausse reste limitée – +1,38 DA pour l’essence, +1,99 DA pour le gasoil et +2,8 DA pour le GPL – elle constitue un signal fort sur la politique des hydrocarbures et la gestion des subventions publiques. Elle illustre la tension entre réformes économiques nécessaires et protection du pouvoir d’achat.
Khaled Boudaoui

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