Afrique du Nord: Les figues de barbarie décimées par un insecte

Amor Nouira observe avec dépit les raquettes ramollies et tâchées de blanc de ses précieux figuiers de barbarie. Il a renoncé à sauver son champ de Chebika en Tunisie, ravagé par la cochenille du cactus, un insecte qui se propage en Afrique du Nord.
Le quinquagénaire a vu son demi-hectare de figuiers envahi par ce parasite (Dactylopius opuntiae) qui a déjà détruit un tiers des plantations du pays, selon le ministère de l’Agriculture, après son apparition en 2021. « Je voulais expérimenter cette production et chercher des consommateurs hors du pays, notamment pour l’huile de figue de barbarie. Maintenant j’ai abandonné cette idée et même arrêté d’y penser », explique M. Nouira à l’AFP.
Chebika et d’autres zones agricoles du centre de la Tunisie sont les plus récentes victimes de l’invasion de cet insecte, apparu au Maghreb il y a 10 ans. La cochenille, importée fortuitement des Amériques – dont est aussi originaire la figue de barbarie – pompe la sève de la plante, la tuant à petit feu.
En Tunisie, environ 150.000 familles vivent de la figue de barbarie, consommée sous forme de fruit, et de plus en plus souvent transformée en produits cosmétiques. A l’étranger, l’huile de pépins de figue de barbarie, aux propriétés antivieillissement, peut se vendre jusqu’à 4.000 euros le litre.
Le pays d’Afrique du nord est le deuxième producteur au monde derrière le Mexique avec 600.000 hectares cultivés et 150.000 tonnes produites par an, selon Rabeh Hajlaoui, responsable du dossier au ministère de l’Agriculture. La production destinée à l’exportation – pour laquelle la Tunisie est au quatrième rang mondial – soit un tiers des cultures (200.000 hectares), reste viable pour le moment mais « nous multiplions les efforts pour la sauver car c’est une très importante source de revenus pour certaines populations », souligne M. Hajlaoui.
Au Maroc, où les premiers cas d’infestation à la cochenille datent de 2014, les figues de barbarie sont cultivées sur environ 160.000 hectares. En 2016, le gouvernement marocain a lancé un « plan d’urgence » contre le parasite en expérimentant des produits chimiques (sans grand succès), l’enfouissement des raquettes contaminées et en initiant des recherches sur les espèces résistantes à la cochenille. Malgré ces efforts, environ 75% des cultures de figuiers étaient infestées en août 2022, selon Mohamed Sbaghi, professeur à l’Institut national de recherche agricole (Inra) et coordinateur du plan.
En Algérie où les figuiers recouvrent environ 60.000 hectares, la cochenille a été détectée en 2021 à Tlemcen (ouest), près de la frontière avec le Maroc avant de poursuivre sa route vers la Tunisie.
