Biodiversité : Un trésor fragile à sauvegarder
Oran n’a pas seulement une richesse faunistique à préserver : elle a l’opportunité de devenir un modèle régional de conservation, si elle parvient à articuler ses efforts autour d’une vision stratégique, inclusive et durable. La nature oranaise, si elle est protégée avec pertinence, peut encore prospérer pour les générations futures. Mais le temps presse. Car chaque saison sans action est une perte irréversible pour le patrimoine vivant de la région.
Située entre mer et montagne, la wilaya d’Oran abrite une diversité écologique remarquable, notamment en matière de faune sauvage. Sangliers, chacals, renards, faucons crécerelles, hérissons, reptiles rares, et de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs trouvent refuge dans ses zones humides, ses forêts et ses reliefs semi-arides. Toutefois, cette richesse naturelle est aujourd’hui en péril. L’expansion urbaine effrénée, les incendies récurrents, le braconnage, la pollution des milieux naturels et le dérèglement climatique ont fragilisé les habitats et les populations animales. Des zones clés comme la forêt de M’sila, les hauteurs de Murdjadjo ou les zones humides de Macta sont de plus en plus affectées. A cela s’ajoute un manque de sensibilisation locale sur l’importance de la faune et un cadre juridique encore peu appliqué sur le terrain.
Face à cette dégradation, plusieurs institutions tentent de réagir. Parmi les principales actions figure le classement des aires protégées. Certaines zones forestières et humides ont été classées en réserves naturelles ou zones RAMSAR, comme la Sebkha d’Oran, en partenariat avec des ONG et des institutions internationales. La Conservation des Forêts joue un rôle central dans la surveillance, la lutte contre le braconnage, et la réhabilitation des écosystèmes touchés. Des campagnes annuelles de reboisement sont menées, notamment dans les zones incendiées. Des programmes scolaires et des actions de sensibilisation communautaire sont menés en collaboration avec des associations locales dans le domaine de l’éducation environnementale. «Cependant, ces efforts restent souvent limités par un manque de moyens et de coordination. Ce qu’il reste à faire est d’aller vers une stratégie alignée sur les standards internationaux», estime M. Adalou, spécialiste en biodiversité.
L’écologie sous pression
Pour faire face efficacement aux défis, ce spécialiste avance plusieurs pistes d’action qui doivent être envisagées : «Il s’agit notamment du renforcement du cadre juridique et de son application. Il est urgent de former et d’équiper les agents de contrôle, d’imposer des sanctions effectives, et de créer une police environnementale active à l’échelle locale», plaide ce spécialiste. Le deuxième axe est la création de corridors écologiques. «Le morcellement des habitats nuit aux déplacements naturels des espèces. L’idée est de mettre en place des corridors de biodiversité permettrait de restaurer des continuités écologiques entre les différentes zones protégées», poursuit M. Adalou. L’autre volet est la nécessité d’implémentation d’un système de suivi scientifique. Selon cet expert, «Oran a besoin d’un observatoire de la biodiversité pour inventorier les espèces, suivre leur évolution et détecter les menaces précocement. Cela implique la collaboration entre universités, chercheurs, associations et institutions locales».
En impliquant les populations locales dans la préservation, via des emplois verts, l’écotourisme ou l’agroforesterie, la biodiversité peut devenir un moteur de développement durable. Et ce spécialiste de conclure en soulignant la nécessité d’«intégrer davantage de projets dans les programmes du Fonds pour l’Environnement Mondial, de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ou du PNUD, leviers qui permettrait de bénéficier de financements et d’expertises internationales».
G. Salima
