Cancer de la prostate: « Novembre bleu » lancée

Près de 1,47 million d’hommes ont reçu un diagnostic de cancer de la prostate dans le monde en 2022, et 397 000 en sont morts, selon les estimations mondiales du cancer. Ce chiffre pourrait doubler d’ici 2040. En Algérie, où la maladie touche environ 3 500 hommes par an, des acteurs associatifs lancent la campagne « Novembre bleu », qui se poursuivra tout le mois en partenariat avec l’Association médicale de la Mitidja.
L’enjeu est de taille. Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, avait donné à Blida, en novembre 2025, le coup d’envoi de la caravane nationale de sensibilisation, en citant une moyenne d’environ 3 500 nouveaux cas annuels. Les estimations internationales vont dans le même sens, avec quelque 3 600 cas, ce qui place la prostate au troisième rang des cancers masculins dans le pays. Le registre des tumeurs d’Alger indique pour sa part que ce cancer est redevenu en 2022 le plus fréquent chez l’homme dans la capitale, avec une incidence en hausse significative et constante. Les spécialistes estiment que le diagnostic reste trop souvent tardif, ce qui réduit les chances de guérison. Lors d’éditions précédentes, des hôpitaux ont proposé des dosages gratuits du PSA, un marqueur sanguin, aux hommes de 40 ans et plus.

Cette priorité accordée au dépistage s’inscrit dans un débat mondial. Selon la Commission du Lancet sur le cancer de la prostate, les cas passeront de 1,4 million en 2020 à 2,9 millions en 2040, et les décès augmenteront de 85 %, pour atteindre près de 700 000 par an. Ce sont les pays à revenu faible ou intermédiaire qui devraient connaître les plus fortes hausses, et les auteurs observent que la plupart des hommes y consultent à un stade métastatique. Ils appellent à y tester des stratégies de détection précoce. Ils soulignent aussi que les hommes d’ascendance africaine ont un risque d’incidence environ deux fois plus élevé que ceux d’ascendance européenne.
Les pays les plus touchés restent pourtant réticents à dépister toute la population. La France a recensé plus de 57 000 nouveaux cas en 2022, le Royaume-Uni plus de 55 000, les États-Unis plus de 230 000. Le comité britannique du dépistage a conclu que le test PSA n’est pas assez fiable pour tout le monde. Il craint que le dépistage de masse détecte des tumeurs lentes qui n’auraient jamais nui, dont le traitement laisse parfois des séquelles durables comme l’incontinence ou des troubles de l’érection. Il a donc recommandé de ne dépister que les hommes de 45 à 61 ans porteurs d’une mutation du gène BRCA2 et ayant des antécédents familiaux de cancers liés. Le gouvernement britannique a accepté cette recommandation le 2 juin 2026 pour l’Angleterre, et un essai doté de 42 millions de livres doit comparer plusieurs stratégies. Selon l’examen mené pour ce comité, la Lituanie semble être le seul pays doté d’un programme national, et la Suède n’offre qu’un dispositif régional organisé.
Entre ces deux écueils, le retard au diagnostic et le surdiagnostic, les praticiens plaident pour une démarche éclairée : informer, repérer les profils à risque, proposer un test à ceux qui le souhaitent. C’est la logique de « Novembre bleu » : faire parler d’une maladie silencieuse, souvent sans symptômes à ses débuts, pour que les hommes consultent avant qu’il ne soit trop tard.
T. Feriel

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