Pénurie organisée ? : Pomme de terre et huile sous pression

Jusqu’à 150 dinars le kilo de pomme de terre, soit 60 dinars de plus que le plafond de 90 dinars fixé par les pouvoirs publics : c’est le prix relevé ces derniers jours sur plusieurs marchés du pays, d’après l’organisation de défense des consommateurs Himayetek.
Elle a signalé la disparition du tubercule de nombreux étals et réclamé une intensification des contrôles. Au même moment, des messages alarmistes sur les réseaux sociaux annonçaient une pénurie d’huile de table et de nouvelles hausses de prix, au risque de provoquer des achats de précaution massifs.
Pour couper court aux rumeurs, plusieurs groupes agroalimentaires nationaux ont publié des communiqués. LaBelle a ouvert la voie mercredi 4 novembre. Le groupe a assuré que ses unités tournent à pleine capacité et que les quantités suffisent à couvrir les besoins du pays. Jeudi, Cevital a affirmé veiller en permanence à l’approvisionnement du marché et indiqué qu’« aucune perturbation de la production ou de la distribution n’a été enregistrée jusqu’à ce jour ». SIM a confirmé que la production se poursuit normalement sous ses deux marques, Zitna et Bahia, avec des matières premières disponibles. Le groupe s’est engagé à garantir l’approvisionnement du marché national.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de vigilance accrue des autorités sur les produits de large consommation. La ministre du Commerce intérieur, Amel Abdellatif, a réuni le 13 octobre des producteurs pour examiner les hausses de prix récentes et leur demander d’éviter toute augmentation injustifiée. Le 26 octobre, elle a rencontré les producteurs d’huile et de sucre pour préparer l’approvisionnement du Ramadhan 2027. Elle a aussi annoncé la préparation d’une réglementation visant à plafonner les marges des intermédiaires.
La pomme de terre reste le point le plus sensible. Le 1er octobre, un conseil interministériel avait fixé son prix entre 60 et 70 dinars le kilo à la production et entre 80 et 90 dinars au détail. Le tubercule dépassait alors 100 dinars sur plusieurs marchés et atteignait 140 dinars à Alger, contre 50 à 70 dinars en temps normal. Les contrôles se sont depuis multipliés. Le 3 novembre, 3,5 tonnes de pommes de terre ont été saisies au marché de gros de Boumerdès, faute de respect du prix réglementé, et des poursuites judiciaires ont été engagées. Des opérations de déstockage des chambres froides ont par ailleurs été lancées dans plusieurs wilayas du Centre pour regarnir les étals. Un répit est attendu de la récolte d’arrière-saison d’El Oued, qui doit démarrer le 20 novembre pour une production annuelle dépassant 16 millions de quintaux.
Jeudi, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a franchi une nouvelle étape en lançant officiellement une plateforme numérique de suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de base dans toutes les wilayas. Les ministres concernés, le président de la Chambre nationale de l’agriculture, celui de l’Union générale des commerçants et artisans algériens, les représentants des filières agricoles et ceux des exploitants de chambres froides étaient présents à la réunion. Le chef du gouvernement a rappelé aux walis l’obligation de prendre sans délai toutes les mesures légales et dissuasives contre les tentatives de créer artificiellement la pénurie ou de manipuler les prix.
Ce dispositif s’inscrit dans la ligne tracée en octobre par le président Abdelmadjid Tebboune. Il avait annoncé la création d’une structure publique chargée d’acheter les produits agricoles en période d’abondance, de les stocker, puis de les remettre sur le marché en période de tension à des prix raisonnables.
G. Salima

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