Consulat d’Espagne à Alger : Du nouveau dans le trafic de visas

Six personnes désormais mises en cause, contre trois au printemps dernier : en l’espace de cinq mois, l’enquête judiciaire ouverte par la justice espagnole sur un vaste système de délivrance frauduleuse de visas Schengen au consulat général d’Espagne à Alger a doublé de volume, révélant un réseau qui exigeait jusqu’à 25 000 euros par dossier familial pour faire accepter des demandes incomplètes ou falsifiées.
Selon les révélations du quotidien numérique espagnol The Objective, reprises par La Gaceta, la juge d’instruction María Tardón, qui dirige le tribunal central d’instruction n° 3 de l’Audiencia Nacional, a notifié leur mise en cause à trois nouveaux employés du consulat général d’Espagne à Alger : M.B., secrétaire du consul général Gauden Villas, ainsi que H.M., et L.D., deux agents administratifs chargés de la gestion des visas. Tous trois sont des employés locaux de nationalité algérienne, la secrétaire du consul ayant par ailleurs obtenu la nationalité espagnole depuis plusieurs années. Ni les intéressés ni un porte-parole du ministère espagnol des Affaires étrangères n’ont répondu aux sollicitations du journal, et les trois employés continueraient d’exercer leurs fonctions au sein du consulat.
Cette nouvelle vague de mises en cause s’ajoute à celles prononcées fin avril 2026, lorsque Vicente Moreno, ancien chancelier du consulat, son épouse de nationalité algérienne et un employé local, M.B, avaient été placés en détention puis remis en liberté sous contrôle judiciaire, poursuivis pour organisation criminelle, corruption, aide à l’immigration illégale et blanchiment de capitaux.
L’affaire, surnommée « Jazira-Cova » par les enquêteurs espagnols, retient contre l’ensemble des mis en cause cinq chefs d’accusation : appartenance à une organisation criminalisée, trafic d’influence, blanchiment de capitaux, falsification documentaire continue par fonctionnaire public et délit contre les droits des citoyens étrangers. Selon The Objective, l’enquête aurait été déclenchée à la suite de signalements internes émanant du service de la conseillère de l’Intérieur à l’ambassade d’Espagne en Algérie, qui aurait alerté sur l’existence d’un réseau organisé.
Les investigations menées par l’Unité de lutte contre la délinquance économique et fiscale (UDEF) de la police nationale espagnole ont mis au jour un système de blanchiment reposant en grande partie sur l’achat de véhicules et de produits financiers en Espagne.
BLS International visé
Des perquisitions effectuées à Sagunto et à Torrevieja ont permis la saisie de plus de 10 000 euros en liquide, de plusieurs ordinateurs et de dix-sept clés USB actuellement en cours d’analyse, ainsi que le gel d’un bien immobilier à Madrid et de plusieurs comptes bancaires. Fait notable relevé par la presse espagnole, Vicente Moreno aurait lui-même déposé, ces dernières années, plusieurs plaintes internes dénonçant des irrégularités au sein de la mission diplomatique, restées sans suite durant le mandat de Patricia Serrano à la tête du consulat, entre août 2024 et mars 2025, puis lors du détachement de six mois de Miriam de Castro, achevé en septembre 2025.
Le volet le plus récent de l’enquête vise désormais les sociétés privées prestataires chargées de la collecte des dossiers, au premier rang desquelles la société indienne BLS International, vers laquelle le consulat espagnol renvoie officiellement l’ensemble des demandeurs de visas Schengen pour la prise de rendez-vous et la gestion documentaire. La juge Tardón cherche à établir si des employés de cette structure intermédiaire ont participé activement à la constitution des dossiers, procédé à un tri ciblé des demandeurs disposés à payer, ou tiré un profit personnel de cette activité. Face à l’ampleur prise par le dossier, le ministère espagnol des Affaires étrangères, dirigé par José Manuel Albares, a décidé d’envoyer à Alger, dès le 20 septembre, une mission d’inspection composée de représentants du ministère et de la police judiciaire, chargée d’auditer les procédures internes, de contrôler les sociétés prestataires comme BLS et de vérifier la traçabilité de l’ensemble des dossiers traités par le consulat.
Ce scandale n’est pas le premier du genre à éclabousser la représentation consulaire espagnole à Alger. Des filières de faux visas Schengen impliquant des intermédiaires autour de plusieurs consulats européens avaient déjà été révélées en 2013, avant que des anomalies dans le traitement des visas de travail, liées à des soupçons de favoritisme et de corruption, ne soient signalées en 2015, puis que la presse algérienne n’évoque en 2018 des pratiques douteuses et des paiements occultes destinés à accélérer les procédures.
M. Salah
