Sifi Ghrieb à Bamako : A l’épreuve des nouvelles alliances terroristes du Sahel

Du jamais-vu dans le paysage jihadiste sahélien : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM, affilié à Al-Qaïda) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), deux factions qui se combattaient jusque-là violemment pour le contrôle du territoire, se sont ponctuellement alliées au cours de l’année 2026 pour tenter de contrer l’offensive des armées de l’Alliance des États du Sahel (AES) au Niger, avant d’être mises en échec. Cette convergence tactique entre rivaux historiques, aussi éphémère fût-elle, illustre la fluidité et l’imprévisibilité d’une menace jihadiste qui continue de frapper aux portes du grand Sud algérien. Selon les chiffres communiqués par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la région a enregistré 450 attaques terroristes entre janvier et novembre 2025, ayant fait plus de 1 900 morts, une région qui concentre désormais à elle seule une attaque terroriste sur cinq recensée dans le monde.
C’est dans ce contexte sécuritaire dégradé, entre autres dossiers, que s’inscrit la visite d’amitié entamée hier lundi au Mali par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, dépêché par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales avec Bamako. Ces relations puisent leur force dans la nature des défis communs auxquels font face les deux pays, unis par une frontière commune et des liens historiques et humains anciens, qui font de la coordination sécuritaire une option stratégique plutôt qu’un choix conjoncturel. Cette visite fait suite à celle effectuée fin août en Algérie par le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, qui avait insisté sur l’histoire commune de lutte contre le néocolonialisme unissant les deux peuples, et salué la position constante du président Tebboune en faveur de la non-ingérence dans les affaires intérieures du Mali.
Le partenariat algéro-malien s’articule en priorité autour de la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes, ainsi que contre l’extrémisme et la criminalité transfrontalière organisée, deux fléaux qui ont pris une ampleur nouvelle dans la bande sahélienne depuis le retrait des forces occidentales et la multiplication des recompositions armées entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Au Niger voisin, les autorités militaires ont d’ailleurs annoncé en mai le déploiement de deux nouvelles opérations dans les zones frontalières, l’une baptisée «Akarasse» dans les départements d’Arlit et d’Iferouane, précisément accolés à la frontière algérienne, l’autre, «Klafoki», concentrée sur le département de Bilma, à la frontière tchadienne.
Pour Alger, l’enjeu dépasse la seule sécurité de ses frontières : le corridor sud du pays est aussi appelé à devenir un axe économique stratégique avec le projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie, dont la sécurisation face à toute velléité de sabotage jihadiste conditionne la viabilité. C’est également pour faire face à cet environnement régional volatile que l’Algérie a porté ses dépenses de défense à un niveau record de 3,35 billions de dinars, soit environ 25,1 milliards de dollars, pour l’exercice budgétaire 2025, une hausse de 16 % justifiée par des menaces sécuritaires jugées sans précédent aux abords de la Libye et de la bande sahélienne.
C’est sur cette double toile de fond, sécuritaire et économique, que le Premier ministre Sifi Ghrieb a engagé sa visite de travail à Bamako, avec l’objectif affiché de réactiver les mécanismes de coopération bilatérale et de hisser les relations algéro-maliennes à la hauteur des défis communs qui se posent aujourd’hui aux deux pays, dans un Sahel où la ligne de front jihadiste ne cesse de se redessiner sous l’impulsion des Emirats arabes unis.
G. Salima
