Démarchage téléphonique interdit en France : L’Algérie épargnée, le Maroc tremble

50.000 emplois marocains jugés menacés par une loi votée à Paris, contre un secteur algérien qui, dans son ensemble, n’en compte encore qu’entre 15 000 et 17 000 : c’est ce contraste de volumes qui explique pourquoi l’entrée en vigueur, le 11 août dernier, de l’interdiction française du démarchage téléphonique non consenti ne produit pas en Algérie le séisme social annoncé chez les voisins de l’Ouest.
La nouvelle réglementation française, issue de la loi du 30 juin 2025, impose désormais aux professionnels d’obtenir un consentement préalable, libre et explicite avant tout appel commercial, mettant fin au dispositif Bloctel qui reposait jusque-là sur l’inscription volontaire des consommateurs sur une liste d’opposition. Concrètement, c’est le renversement complet de la logique : ce n’est plus au client de se protéger, c’est au professionnel de prouver qu’il a recueilli l’accord de la personne appelée, sous peine d’amendes pouvant atteindre 375 000 euros par appel pour une entreprise. Or cette industrie de la prospection téléphonique s’est largement délocalisée, depuis une quinzaine d’années, vers l’Afrique francophone, où la main-d’œuvre jeune et francophone permettait de comprimer les coûts tout en maintenant la qualité de service.
C’est au Maroc que le choc est aujourd’hui le plus documenté. Le secteur y emploierait jusqu’à 50 000 personnes selon le ministre marocain du Travail, avec des petites et moyennes entreprises dont 80 % du chiffre d’affaires dépend directement du marché français. La Fédération nationale des centres d’appel y réclame un plan d’accompagnement gouvernemental d’urgence, tandis que la Tunisie, où le secteur emploierait environ 25 000 personnes, estime que 60 à 70 % de ces emplois liés au démarchage sont directement exposés.
L’Algérie ne connaît pas cette même dépendance structurelle au marché hexagonal puisque le tissu algérien des centres d’appel demeure comparativement restreint et surtout orienté vers d’autres finalités. Une quarantaine de centres d’appel officiellement recensés par l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications, contre six seulement en 2006, pour un potentiel estimé par les professionnels du secteur entre 400 et 500 structures nécessaires afin de générer entre 15 000 et 17 000 emplois.
Le gouvernement algérien mise en effet sur une stratégie de développement des centres d’appel résolument tournée vers d’autres horizons : un projet de feuille de route gouvernementale vise la création de 10 000 emplois directs dès 2027 et de 300 000 postes à l’horizon 2029, avec l’ambition de faire du pays un hub régional de la relation client, appuyé sur un réservoir de treize millions de jeunes de 15 à 35 ans dont plus de quinze millions de locuteurs francophones. Le ministère de la Poste et des Télécommunications a multiplié ces derniers mois les rencontres avec les opérateurs économiques du secteur pour lever les obstacles administratifs freinant sa croissance, à l’image de l’inauguration récente d’un centre d’appel commun regroupant Algérie Poste, Mobilis et Algérie Télécom à Ouargla, déjà crédité de plus de 400 emplois créés.
T. Feriel
