Difficultés pédagogiques: L’autre terreau de la déperdition scolaire

Par Adnan Hadj Mouri

Par une matinée automnale, je me fraie un chemin devant une école où j’aperçois des écoliers agglutinés devant la porte, attendant le son de la cloche. Des bribes de paroles fusent de la part des parents à propos de la réduction du volume horaire consacré à l’enseignement du français. À cette écoute, je perçois une certaine confusion. Une autre voix, celle d’une enseignante, peu audible, me parvient à son tour.

Les enseignants de français se retrouvent parfois confrontés à des changements dans l’organisation de leur emploi du temps, qui perturbent le déroulement de leurs activités pédagogiques. Les volumes horaires peuvent être redistribués sans que les enseignants soient suffisamment associés à ces décisions, alors même qu’ils sont directement en contact avec les élèves et connaissent leurs besoins.
Outre le manque de structures matérielles et de moyens pédagogiques, les modifications apportées à l’organisation des enseignements peuvent placer les enseignants du primaire en difficulté.
Il suffit d’écouter les enseignants soucieux de faire advenir la socialisation des apprentissages pour mesurer à quel point les difficultés rencontrées dans le milieu scolaire sont importantes. Au fil des années, la déperdition scolaire demeure une préoccupation majeure.
Au-delà de l’enseignant, qui doit composer avec un programme parfois disproportionné au regard des capacités et des besoins des enfants, les écoliers subissent, à leur tour, une forme de difficulté pédagogique qui peut expliquer, au moins en partie, leur attitude de rejet de l’école.
Dans ce contexte, j’imagine des élèves qui voient leurs maîtres d’école eux-mêmes désorientés par les changements d’emploi du temps, au point de ne plus savoir à quelle heure ils doivent assurer leurs cours. Comment ne pas envisager que cette confusion des adultes finisse par se répercuter sur les enfants, qui voient ainsi leurs repères scolaires se brouiller ?
En effet, au-delà des questions relatives à l’organisation scolaire, le rapport que le lien éducationnel entretient avec les enfants mérite toute notre attention.
Comment faire advenir la socialisation de l’enfant si l’on ne prend pas le temps d’accueillir sa parole dès son jeune âge ? La maturité psychique dans la relation éducative mérite d’être davantage prise en considération.
À quand une éthique éducative qui permette d’accueillir dignement les enfants ?
Il faut avoir une pensée particulière pour ces enfants qui, à défaut d’avoir une tête bien faite, se retrouvent confrontés à l’exigence d’avoir une tête bien pleine, pour reprendre la célèbre phrase de Montaigne.

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