Droits de l’Homme et sécurité en Afrique : Alger à la baguette à Addis-Abeba

 

Six mandats au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine depuis la création de cet organe en 2003, et une deuxième présidence tournante exercée en l’espace d’à peine plus d’un an : c’est sous ce statut renforcé que l’ambassadeur Mohamed Khaled, représentant permanent de l’Algérie auprès de l’UA, a présidé à Addis-Abeba la réunion consultative annuelle entre le Conseil de paix et de sécurité (CPS) et la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP), consacrée au thème des « efforts communs pour la réalisation des droits de l’Homme comme vecteur de paix ».

Élue en 2025 pour ce sixième mandat depuis la création de l’instance, l’Algérie voit dans cette deuxième présidence tournante assurée en l’espace d’un an la traduction de la confiance dont elle jouit au sein de l’Union africaine et de son engagement constant en faveur de la paix et de la stabilité sur le continent, fondé sur le principe des solutions africaines aux problèmes africains.
La rencontre a permis à l’ambassadeur Khaled de réaffirmer que le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales constitue un pilier de la paix, de la sécurité et de la stabilité durable en Afrique, et d’appeler à transformer les engagements communs entre le CPS et la CADHP en actions concrètes.
Il a par ailleurs souligné le rôle central des organisations non gouvernementales dans l’alerte précoce, la prévention des conflits, la médiation et la consolidation de la paix, tout en insistant sur l’exigence de crédibilité de ces organisations et sur la nécessité qu’elles se tiennent à l’écart de toute instrumentalisation au service d’agendas politiques ou d’intérêts particuliers.
Il a également plaidé pour un renforcement du suivi de l’exécution des décisions et recommandations des organes délibérants de l’Union africaine, au moyen d’une matrice dédiée destinée à unifier et coordonner l’action de l’organisation continentale selon une approche cohérente, et a proposé la tenue, tous les deux ans, d’une réunion élargie entre le CPS et l’ensemble des commissions et instances de l’UA compétentes en matière de droits de l’Homme, de gouvernance et de démocratie.
Cette initiative s’inscrit dans une séquence diplomatique dense pour la représentation algérienne à Addis-Abeba. Le mois d’août a en effet vu l’ambassadeur Khaled coprésider avec le président du Parlement panafricain, Fateh Boutbig, la deuxième réunion consultative entre le CPS et cette institution, dans le prolongement de la décision 1160 adoptée par le Conseil en juin 2023, mais aussi conduire une délégation du CPS à Khartoum, où il a rencontré le président du Conseil de souveraineté de transition soudanais, le lieutenant-général Abdel Fattah al-Burhan, qualifiant l’entretien de fructueux.

Place au pragmatisme

Ces consultations s’inscrivent dans le cadre de la présidence de la plateforme AGA-APSA assurée par le CPS aux niveaux politique et technique pour la période 2026-2028, avec pour ambition de dépasser les approches fragmentées entre systèmes de gouvernance, de paix et de sécurité, l’Algérie ayant placé la recherche d’une meilleure coordination entre les différents mécanismes africains au centre de cette présidence d’août. Lors de l’ouverture des travaux, l’ambassadeur Khaled a d’ailleurs jugé que la situation actuelle sur le continent exigeait de passer d’un engagement théorique à des mesures pratiques et concrètes, afin de renforcer la capacité de l’Union africaine à prévenir les crises et à y répondre, loin de toute logique de « deux poids, deux mesures ».
Cette présidence du CPS s’inscrit dans un mouvement plus large de retour de la diplomatie algérienne au premier plan des instances multilatérales, amorcé sur le plan international avec le quatrième mandat d’Alger comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, exercé entre 2024 et 2025 après les précédents de 1968-1969, 1988-1989 et 2004-2005.
Ce passage onusien a été présenté par la diplomatie algérienne comme une présence régionale et internationale forte et efficace, fondée sur une position équilibrée bâtie sur le respect de la Charte des Nations unies, à travers laquelle l’Algérie a porté la voix des pays arabes au sein du Conseil et défendu la recherche d’une solution politique juste, durable et définitive au conflit du Sahara occidental.
Sur le registre continental, ce même bilan diplomatique a mis en avant l’accueil par Alger, fin 2025, de rencontres africaines de grande envergure liées à la santé, à la technologie, à la mémoire ainsi qu’à la paix et à la sécurité, dont une conférence internationale sur les crimes coloniaux, ainsi que l’accueil du Mécanisme tripartite Algérie-Égypte-Tunisie consacré à la crise libyenne.
Le mandat actuel à la tête du CPS s’accompagne enfin d’un volet opérationnel concret pour le continent, l’agenda algérien du mois d’août ayant porté sur le suivi des dossiers du Sahel, du Soudan du Sud et du Soudan, ainsi que sur l’élaboration d’un plan antiterroriste continental pour la période 2026-2030, prolongeant une séquence diplomatique où la présence économique algérienne, à travers Sonatrach, progresse en parallèle au Sénégal et au Tchad. Pour l’Algérie, la conjonction de cette présidence panafricaine et de l’héritage de son passage au Conseil de sécurité de l’ONU dessine ainsi les contours d’une diplomatie qui entend peser simultanément sur les deux échelons, continental et international, de la gouvernance de la paix et de la sécurité.
G. Salima

Bouton retour en haut de la page