Du Fleuve à la Mer
Par B. Mira

« From the river to the sea, Palestine will be free » (« Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre »). C’est le slogan qu’on entend un peu partout dans le monde lors des manifestations de soutien au peuple palestinien et qui suscite depuis peu de vives polémiques sur les réseaux sociaux et les médias occidentaux.
Dans plusieurs pays d’Europe, le slogan est sujet à controverse en raison du caractère antisémite allégué. Pourtant, la symbolique des mots et leur sens représentatif sont plus complexes, puisant leur force dans les origines historiques des territoires palestiniens allant du fleuve Jourdain à la mer Méditerranée. Selon le « Guardian », les manifestants pro-Palestiniens interrogés ont déclaré que c’était avant tout un appel à la liberté pour les Palestiniens vivant en Cisjordanie occupée ou à Ghaza.
A l’origine, le slogan est né des revendications de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui, dès sa formation en 1964, avait appelé à la création d’un Etat unique qui s’étendrait de la Méditerranée (la mer) au Jourdain (la rivière), le fleuve marquant à l’Est, la frontière entre la Jordanie et les territoires occupés par l’Etat d’Israël depuis 1948 (y compris la Cisjordanie). La zone géographique engloberait le territoire de la Palestine tel qu’il existait avant la résolution de l’ONU de 1947, avant que le plan sioniste ne se transforme en un projet colonial qui vise à judaïser la Palestine historique, sans tenir compte de l’avis de la population autochtone.
Au nom de quel principe incriminer alors un peuple sémite pour l’accuser d’antisémite œuvrant pour la destruction d’un État qui n’existait même pas « officiellement » en 1964 ? La vérité est là : le conflit occasionné par la création de l’Etat d’Israël, suivi du déplacement de centaines de milliers de Palestiniens chassés de chez eux pour rejoindre des camps de réfugiés a rendu le slogan de plus en plus légitime, puisqu’il « s’inscrivait dans un appel à l’établissement d’un Etat laïque et démocratique sur l’ensemble du Territoire palestinien historique », rappelle l’historienne spécialiste du Moyen-Orient, Maha Nassar. Elle ajoute que « les Palestiniens espéraient que cet Etat puisse les protéger de toutes les oppressions, qu’elles viennent des Israéliens ou des pays arabes autour».
D’après le professeur Robin Kelley de l’Université de Californie, l’expression représentait également le désir d’un « État démocratique laïc qui remplacerait l’État ethno-religieux d’Israël ». Et selon le professeur associé Ron J. Smith de l’Université Bucknell, le nationalisme palestinien envisageait un État basé sur la terre tandis que le nationalisme israélien œuvrait pour un État basé sur l’appartenance ethnique, appliquant le concept d’«Eretz Israël», selon lequel « entre la mer et le Jourdain, il n’y aura que la souveraineté israélienne », et c’est en effet Israël qui contrôle actuellement tout le territoire situé entre le fleuve et la mer !
Ce que la controverse a révélé en premier lieu, c’est que la solution à deux Etats, longtemps présentée comme la seule issue possible au conflit, est poussiéreuse et techniquement obsolète et qu’il serait temps d’ouvrir les yeux sur les 75 années d’occupation et d’envisager la seule solution vivable : un État unique dans toute la Palestine, du fleuve à la mer ! Où Arabes et juifs, musulmans ou de n’importe quelle religion, auraient une citoyenneté égale, avec les mêmes droits pour tous.
Si cette issue semble utopique à l’heure actuelle, plus particulièrement parce qu’elle est en désaccord avec les plans sionistes tracés qui visent s’accaparer tous les territoires restants pour les annexer aux territoires déjà occupés et y instaurer l’Etat nation sioniste sur la « terre promise », quitte à massacrer quiconque s’opposant aux dessins « divins », toujours sous la bénédiction des dieux terrestres de ce monde pourri ! Et à crier à l’antisémitisme à chaque fois qu’on ose dénoncer les crimes atroces perpétrés contre des générations de Palestiniens, car après tout, il n’y a de plus naturel qu’un nettoyage ethnique !
C’est déjà arrivé dans l’histoire de l’humanité, et tout le monde est prêt à accepter que l’histoire est vouée à se répéter ! Et c’est ce genre d’abominations, que la propagande israélienne et ses relais voudraient nous faire avaler au nom de la loi du plus fort.
La polémique a mis également l’accent sur le soi-disant processus de paix instauré par les accords d’Oslo en révélant au grand jour une série de réalités politiques, économiques, sociales et coloniales, objectivant la seconde Intifada (2000-2005) puis les récents événements du 7 octobre 2023 (Déluge d’Al Aqsa), ce qui contredit le narratif des médias et intellectuels médiatiques qui limitent le conflit à l’attaque du Hamas et à ses conséquences.
C’est d’ailleurs incroyable ce qu’on ose déblatérer pour dénoncer « le terrorisme » de la résistance palestinienne, sans aucune considération pour les êtres vivants tués par ce qui devrait être qualifié de terrorisme israélien, le tout, en y mélangeant une bonne dose de racisme et d’islamophobie.
Une espèce de novlangue a été inventée pour remplacer ou déplacer les éléments de langage de leur sens premier et de leur contexte bien connu afin de servir la propagande israélienne et normaliser l’idée selon laquelle l’Etat israélien disposerait du droit absolu de bombarder les Palestiniens en toute impunité, allant jusqu’à tenter de fabriquer l’opinion pour justifier et légitimer les discours haineux et colonisateurs au profit d’un projet surréaliste, réfuté par les juifs eux-mêmes, qui rappelons-le, ne sont pas favorables au sionisme. Eux savent qu’en revendiquant le judaïsme, Israël a créé un faux récit populaire qui justifiait le racisme génocidaire et cela ouvrait la porte à une escalade de haine et de violence inouïes que l’armée sioniste voudra justifier avec les absurdités habituelles.
Jamais le vol n’a été synonyme de partage, il n’y a pas d’occupation pacifique, ça n’existe nulle part, qu’on ne vienne surtout pas s’autoproclamer « la seule démocratie du Moyen-Orient » à « l’armée la plus morale de la galaxie » pour justifier une nouvelle NAKBA.
Aujourd’hui, plus que jamais, le monde entier devra clamer haut et fort « From the river to the sea, Palestine will be free », non pas par antisémitisme comme aiment prétendre les politiques hypocrites, mais pour appeler à compléter Israël par un État palestinien unifié… Du Fleuve à la mer, la Palestine sera libre !
Plus de 10 000 Palestiniens tués en un mois, des images, par centaines, toutes plus insoutenables les unes que les autres, nous parviennent tous les jours du génocide perpétré contre les Ghazaouis, et toujours aucun cesser le feu décrété ! Combien d’autres victimes ? Combien de martyrs pour réveiller les consciences anesthésiées de ce monde ? D’ailleurs, le monde a-t-il vraiment une conscience ? Il me semble inutile de recouvrir aux grands discours pour expliquer à quel point le monde est dégoûtant, que toutes les valeurs et les vertus civilisatrices ne sont qu’un leurre, que tous les argumentaires, aussi travaillés qu’ils peuvent l’être, ne sauraient convaincre, ni les Palestiniens, ni le reste de l’humanité, du bien fondé de tous ces concepts universels très sophistiqués, ni liberté, ni égalité, ni fraternité, ni justice, ni humanité, ni walou !
Les Palestiniens l’ont bien compris, ils savent depuis toujours qu’à eux seuls incombe la lourde charge de l’autodétermination, qu’ils sont les seuls maîtres à bord de la résistance, face aux visages hideux de ce monde matérialiste, rempli de haine raciste et de hogra… Qu’eux, qui ne meurent jamais tout à fait, puissent renaître encore et encore pour que DU FLEUVE A LA MER, LA PALESTINE SERA ENFIN LIBRE …From the River to the Sea, Palestine will be Free.
75 ans de violence coloniale, barakat !
B.M