DZ Mafia: Un « parrain » tombe en Algérie

36 ans, binational, un surnom devenu tristement célèbre dans les quartiers nord de Marseille : Mehdi Laribi, dit « Tic », considéré comme l’un des cinq ou six membres fondateurs de la DZ Mafia, a été interpellé le 31 juillet en Algérie, où il s’était réfugié en profitant de sa double nationalité franco-algérienne.
Son arrestation, exécutée sur la base d’un mandat d’arrêt délivré par la justice française dans le cadre de l’opération « Octopus », marque l’aboutissement d’une traque de plusieurs années contre l’un des réseaux de narcotrafic les plus violents de France, et le premier résultat concret d’une réconciliation judiciaire entre Paris et Alger encore fragile il y a quelques mois.
Après son interpellation, Mehdi Laribi a été placé sous contrôle judiciaire. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a salué sur les réseaux sociaux l’arrestation d’« une cible prioritaire de la justice française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée », remerciant les autorités algériennes pour cette coopération menée en lien avec le parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) et le parquet de Marseille. Une source judiciaire a précisé à l’AFP que cette interpellation avait été rendue possible par une nette amélioration de la coopération judiciaire entre les deux pays.
La DZ Mafia est apparue au début des années 2010 dans les quartiers nord de Marseille, autour des cités Bassens et de La Paternelle. Les frères Laribi, Mehdi dit « Tic » et Lamine dit « Tac », en sont considérés comme les figures fondatrices. Leur ascension s’est imposée dans le sang, notamment à travers le triple homicide de 2011 resté dans les mémoires sous le nom de « barbecue marseillais ». Condamnés à de lourdes peines de prison, les fondateurs du réseau n’en ont pas moins continué, selon les enquêteurs, à peser sur les affaires du clan depuis leurs cellules.
Le réseau s’est ensuite structuré comme un collectif de clans contrôlant plusieurs points de deal dans les quartiers nord de la cité phocéenne, se distinguant par un niveau de violence extrême. En 2023, la guerre qui l’opposait au clan rival Yoda pour le contrôle du marché de la drogue a fait des dizaines de morts en une seule année dans l’agglomération marseillaise – un déchaînement de violence qui a conduit les autorités françaises à déployer des renforts policiers exceptionnels dans la ville, quelques mois avant les Jeux olympiques de Paris. La victoire de la DZ Mafia dans ce conflit lui a permis d’asseoir sa domination sur le trafic de stupéfiants et d’étendre son influence bien au-delà de Marseille.
Les origines du clan
L’arrestation de Mehdi Laribi s’inscrit dans le prolongement direct de l’opération « Octopus », lancée le 9 mars 2026 par plus de 900 gendarmes, appuyés par le GIGN, dans six départements français. Cette enquête, ouverte début 2024 par la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille après qu’un juge d’instruction eut constaté que des gérants de points de deal continuaient de rendre des comptes à un cadre du réseau pourtant incarcéré, avait débouché sur l’interpellation de 42 personnes, dont 26 avaient été mises en examen pour direction d’un groupement criminel, blanchiment aggravé et association de malfaiteurs, et 15 placées en détention provisoire. Le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, avait alors souligné la « féminisation » croissante du narcobanditisme – neuf femmes figuraient parmi les mis en examen -, ainsi que l’implication présumée de deux rappeurs marseillais, et la mise en cause d’un avocat soupçonné de corruption. Les saisies réalisées lors de cette opération avaient été évaluées à plusieurs millions d’euros. Cette opération de grande ampleur avait confirmé la capacité du réseau à se réorganiser malgré les vagues d’arrestations successives.
L’interpellation de Mehdi Laribi intervient dans un climat diplomatique très différent de celui qui prévalait encore un an plus tôt. Les relations entre Paris et Alger s’étaient fortement dégradées depuis l’été 2024, sur fond de reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, puis avec l’arrestation en Algérie de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal – gracié en novembre 2025 – et l’inculpation en France, en avril 2025, d’un fonctionnaire consulaire algérien pour l’enlèvement présumé de Amir Boukhors, dit « Amir DZ ». Une série de visites officielles françaises a permis, depuis février 2026, de renouer le dialogue : celle du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à la mi-février, celle de la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo début mai, puis celle de Gérald Darmanin le 18 mai, reçu pendant deux heures et demie par le président Abdelmadjid Tebboune. Le garde des Sceaux avait alors officialisé la reprise « concrète » de la coopération judiciaire entre les deux pays, mettant fin à près de deux ans d’interruption totale, et annoncé le déplacement d’une délégation de magistrats algériens à Paris début juin pour avancer notamment sur les dossiers de criminalité organisée et d’extraditions.
Reste toutefois une question de taille : l’Algérie n’extradant pas ses ressortissants vers la France, rien n’indique à ce stade que Mehdi Laribi pourra être jugé par la justice française. La possibilité d’un procès sur le sol algérien, pour des faits commis en France, demeure donc ouverte.
G. Salima
