Emissions de gaz à effet de serre : Un nouveau protocole entre Alger et Rome

À moins de cinq mois de l’entrée en vigueur du règlement européen sur le méthane (EUMR), prévue à partir de janvier 2027, Sonatrach et le géant italien Eni ont signé, lundi à Alger, un nouveau protocole d’intention sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, confirmant que la décarbonation du secteur pétrolier et gazier est devenue un impératif stratégique autant qu’environnemental pour l’Algérie.

Ce protocole, signé par les deux compagnies selon un communiqué de Sonatrach, vise à identifier et promouvoir des initiatives concrètes de décarbonation et de réduction des émissions, notamment de méthane, en s’appuyant sur les meilleures pratiques internationales du secteur. Il ne s’agit toutefois pas d’une initiative isolée : il s’inscrit dans un contexte où l’Algérie, comme d’autres grands fournisseurs d’hydrocarbures de l’Union européenne, se trouve sous la pression directe de l’EUMR, ce règlement qui doit progressivement encadrer, à partir de janvier prochain, les émissions de méthane liées aux importations européennes de pétrole et de gaz. Les autorités algériennes mettent en avant les actions engagées par Sonatrach pour améliorer le suivi des émissions et réduire les fuites sur les installations énergétiques face à cette échéance.
Le 23 juin 2026, l’Algérie avait déjà franchi une étape diplomatique significative en cosignant, aux côtés des États-Unis, du Qatar et du Nigeria, une lettre ouverte adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, au président du Conseil européen Antonio Costa et aux dirigeants des États membres, réclamant une révision du règlement jugé trop contraignant. Selon le ministère algérien des Hydrocarbures, Sonatrach et ses partenaires producteurs de pétrole et de gaz ont déployé des efforts concrets et injecté des investissements considérables en matière de réduction des émissions de méthane, en parfaite adéquation avec les objectifs du règlement européen et les engagements internationaux de l’Algérie. Cette offensive diplomatique a d’ailleurs porté ses fruits : selon des sources spécialisées, l’Union européenne a commencé à assouplir certaines de ses exigences initiales, notamment celles liées aux obligations de mesure, notification et vérification (MRV), jugées techniquement lourdes pour les producteurs exportateurs.

Un enjeu économique de premier plan

L’ampleur de cette pression réglementaire s’explique par le poids des hydrocarbures dans les échanges algéro-européens. Les exportations algériennes vers l’UE s’élèvent à environ 35,37 milliards d’euros, tandis que les importations en provenance de l’UE s’établissent à 14,91 milliards d’euros, l’Union européenne captant environ 64,5% du total des exportations algériennes, très largement composées de pétrole brut, de gaz naturel liquéfié et de gaz par gazoduc.
Pour des experts cités par la presse spécialisée, le défi pour Sonatrach ne se limite pas à poursuivre la réduction des fuites de méthane, mais consiste surtout à se conformer à un dispositif intégré de mesure, de notification et de vérification qui exige des investissements supplémentaires et une modernisation en profondeur des infrastructures, quand bien même la compagnie a déjà engagé des investissements conséquents ces dernières années pour limiter le torchage et les fuites.
Le nouveau protocole prolonge en réalité un mémorandum d’intention signé en 2023 entre Sonatrach et Eni, centré sur la coopération technologique pour la réduction et la valorisation du torchage du gaz. Ce partenariat a permis la mise en œuvre d’un programme structuré comprenant analyses techniques, actions de renforcement des capacités et visites de terrain, ainsi que des formations ciblées pour une application immédiate des mesures correctives sur site. Ces travaux ont notamment débouché sur une campagne conjointe de détection et de réparation des fuites (LDAR), qui a permis de réduire sensiblement les émissions fugitives ; ces campagnes de mesure sont désormais conduites de manière autonome et systématique au niveau des groupements exploités conjointement par les deux compagnies. Une évaluation des émissions de référence a par ailleurs été réalisée sur six installations opérées conjointement en Algérie.
Le nouveau texte élargit cette coopération à de nouveaux domaines, notamment le captage naturel du CO2 via un projet forestier de reforestation, susceptible, selon des observateurs du secteur, de générer à terme des crédits carbone valorisables. Eni, entreprise énergétique intégrée active dans l’exploration, la production, le raffinage et la commercialisation de pétrole, de gaz, de GNL, d’électricité et de produits chimiques, met en avant son expérience dans les énergies renouvelables et le bio-raffinage pour appuyer cette nouvelle phase de coopération avec la compagnie nationale algérienne.
Cette dynamique s’inscrit plus largement dans une stratégie algérienne de multiplication des partenariats climatiques avec les compagnies européennes : Sonatrach avait déjà signé, en juin dernier, un mémorandum d’entente avec l’allemande VNG AG portant notamment sur l’hydrogène vert et la réduction des émissions de méthane, confirmant que la décarbonation des hydrocarbures est désormais un axe structurant des relations énergétiques entre l’Algérie et ses partenaires européens.
G. Salima

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