Flambée des prix : De l’ordre présidentiel à la mobilisation sur le terrain

Plus de 150.000 infractions relevées et des procès-verbaux judiciaires dressés contre plus de 144 000 commerçants en huit mois : tel est le bilan de contrôle de l’année 2026 révélé hier mercredi par Noureddine Haridi, directeur central au ministère du Commerce intérieur, sur la Chaîne 1 de la Radio algérienne.
Les agents du secteur ont mené, de janvier à août, plus de deux millions d’interventions. Les services ont aussi estimé à 17 milliards de dinars le montant des pratiques commerciales illégales constatées, notamment la fraude et l’évasion de la facturation.
Ce bilan intervient deux jours après les instructions du Conseil des ministres et au lendemain d’une annonce du ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national qui a indiqué, dans un communiqué, le lancement d’une plateforme numérique dédiée au suivi des signalements et des réclamations, ainsi que d’une application mobile permettant aux citoyens de signaler d’éventuelles infractions liées au respect des prix, à l’hygiène et à tout ce qui menace la sécurité et la santé du consommateur.
L’annonce est intervenue lors d’une réunion de travail présidée au siège du ministère par la ministre Amel Abdellatif, avec les directeurs régionaux du commerce et les cadres centraux, consacrée aux mesures nécessaires pour appliquer les instructions du Conseil des ministres du 18 octobre. Cette rencontre se tient, selon le ministère, en application des consignes du président Abdelmadjid Tebboune sur la mise en place d’un mécanisme de suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de base sur l’ensemble du territoire.
L’approche du dispositif décentralisé de suivi quotidien des prix, de la disponibilité et de l’approvisionnement a été présentée à cette occasion. La ministre a demandé aux services compétents de renforcer les brigades de contrôle et d’intensifier leurs interventions quotidiennes sur le terrain, en coordination avec les autres secteurs concernés. Elle a aussi insisté sur une mobilisation permanente des services afin d’assurer un suivi efficace grâce aux bulletins quotidiens des prix.
Renforcer les contrôles
M. Haridi a complété ce volet numérique. Selon lui, le ministère a lancé une plateforme unifiée reliant les différents secteurs concernés, capable de repérer les hausses anormales des prix et d’analyser les données en amont afin d’intervenir avant l’aggravation d’une crise. Le ministère publiera désormais les prix de gros et de détail sur ses sites internet et mettra à la disposition des citoyens des applications de signalement, avec de larges campagnes de sensibilisation. Il a également annoncé un système électronique de contrôle de l’évolution des prix, assorti de bulletins périodiques en ligne pour informer le consommateur des prix réels.
Ces annonces donnent corps à la décision du 18 octobre. Réuni ce dimanche-là, le Conseil des ministres a ordonné, selon son communiqué, sept mesures immédiates pour le suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de base à travers le pays. Le président a demandé en premier lieu un projet de texte réglementant de manière stricte l’activité des intermédiaires de vente entre les producteurs et les citoyens. Il a chargé le Premier ministre d’ouvrir une enquête immédiate sur le rôle de certains importateurs de viande, accusés de monopoliser le marché et de faire monter les prix, ainsi que des bouchers qui écoulent ces viandes importées au tarif de la viande locale. L’enquête doit aussi porter sur les écarts de prix constatés entre wilayas, voire entre quartiers. Le président a aussi ordonné au ministère du Commerce intérieur d’élaborer un système de plafonnement des prix et de fixation des marges pour les légumes, les légumineuses, les pâtes et les viandes.
Le troisième volet confie au ministre de l’Intérieur, avec les walis, la mise en place d’un mécanisme d’achat des excédents de production au niveau local, de stockage, puis de réinjection sur le marché dès les premiers signes de fluctuation des prix. Viennent ensuite un système décentralisé de suivi quotidien confié aux directeurs du commerce sous la responsabilité des walis, le renforcement des brigades de contrôle avec des descentes quotidiennes tout au long de l’année, et la création d’une base de données numérique, bâtie avec le ministère de l’Intérieur et le Haut-commissariat à la numérisation, qui servira de mécanisme d’alerte en cas de hausse anormale.
Une priorité nationale
Sur le plafonnement, M. Haridi a livré les premières précisions. Le système visera les produits de large consommation comme les légumineuses, les viandes et les légumes, en tenant compte des écarts de coûts de production entre les régions. Il doit fixer les marges bénéficiaires « de manière scientifique et transparente » et définir les responsabilités de chaque maillon, des producteurs aux consommateurs. Il sera élaboré en coordination avec le ministère de l’Agriculture et les instituts techniques, pour établir des critères clairs de structuration des prix, avec un système de suivi des stocks destiné à éviter les vides et l’exploitation par certains intermédiaires ou commerçants illégaux.
M. Haridi a aussi mis en avant la facturation. Le ministère veut renforcer le système et rendre obligatoire l’émission de factures, notamment pour les produits agricoles, afin de suivre le parcours des produits de l’agriculteur au consommateur final et de limiter la fraude et la spéculation. Les procédures légales de facturation seront simplifiées.
Le dossier n’est pas nouveau pour la tutelle. Avant le Ramadan, Mme Abdellatif avait déjà annoncé des mesures préventives et défendu la généralisation des plateformes numériques pour suivre la distribution des produits et la gestion des marchés. Elle avait aussi plaidé pour un contrôle de la filière du producteur au consommateur, en temps réel, avec des outils de mesure précis pour repérer toute anomalie dans la formation des prix. Le nouvel outil de signalement prolonge ainsi l’application « Moraafik.com », dédiée aux commerçants de permanence pendant les fêtes, dont la ministre promouvait en mars la diffusion auprès des consommateurs en insistant sur la nécessité de diffuser une culture du signalement chez les citoyens.
Plusieurs dispositions restent à concrétiser : le texte sur les intermédiaires, le système de plafonnement des prix et des marges, l’enquête sur les importateurs et le mécanisme d’achat-stockage des excédents. Elles sont, pour l’heure, au stade des instructions. Le bilan de contrôle des huit premiers mois, avec plus de deux millions d’interventions et plus de 150 000 infractions, fixe en revanche le niveau d’activité que le nouveau dispositif devra, selon le ministère, dépasser.
G. Salima
