Industrie pharmaceutique: Après l’autosuffisance, le pari de l’exportation

L’industrie pharmaceutique algérienne couvre environ 84 % des besoins du marché en médicaments, mais ses exportations restent modestes : 46 millions de dollars en 2024, contre 31 millions en 2023, une hausse tirée principalement par l’insuline. Pour combler cet écart, le ministère de l’Industrie pharmaceutique a réuni ce mardi 20 octobre, à l’initiative du ministre Wassim Kouidri, les opérateurs et les institutions concernées.
Hier, sur la chaîne 3 de la Radio algérienne, Redha Belkacemi, chargé d’études et de synthèse au ministère, a détaillé la démarche : facilités douanières et administratives, dispositifs bancaires, fonds de soutien aux salons internationaux et réforme réglementaire visant à rendre les médicaments algériens exportables.
La rencontre a volontairement dépassé le cadre du seul secteur pharmaceutique. M. Belkacemi a rappelé que l’exportation engage plusieurs départements, d’où la présence des Douanes, de la Banque d’Algérie, de la Safex, des assureurs et des organismes de promotion des exportations. Les mesures présentées comprennent les avantages réservés aux opérateurs économiques agréés, la simplification des formalités douanières, ainsi que les règles de domiciliation bancaire, de rapatriement des recettes et de délais réglementaires. Des fonds de soutien doivent aussi financer la participation des entreprises aux manifestations commerciales à l’étranger. L’effort n’est pas nouveau : avant la Foire commerciale intra-africaine de septembre 2025, le ministère avait sélectionné quatorze opérateurs publics et privés ayant une expérience avérée de l’exportation vers l’Afrique, chacun devant signer au moins un contrat d’export.
Sur le plan réglementaire, l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) travaille sur l’enregistrement de médicaments destinés exclusivement à l’exportation et sur le rapprochement avec les autorités sanitaires étrangères. Alger vise pour cela le niveau de maturité 3 (ML3) de l’OMS, qui, selon l’organisation, représente un système réglementaire stable, bien rodé et intégré, garantissant une surveillance et une assurance qualité efficace. Une fois toutes les conditions réunies, l’Algérie deviendrait le neuvième pays africain à l’obtenir. M. Belkacemi, lui, rappelle que la démarche est engagée depuis 2025 et mobilise les autorités pharmaceutiques, sanitaires et de pharmacovigilance autour d’exigences communes de qualité, de sécurité et d’efficacité. Elle vise à concilier développement des exportations, disponibilité des traitements et consolidation de la souveraineté sanitaire.
Le second chantier est la première liste nationale des médicaments essentiels, que le ministre a annoncée mardi et qui doit aboutir avant la fin de l’année. M. Belkacemi y voit un outil de souveraineté : le référentiel doit hiérarchiser les besoins sanitaires, garantir la disponibilité continue des traitements prioritaires, orienter les investissements industriels et permettre d’identifier les médicaments importés qui pourraient être fabriqués localement.
Toujours être préparé
Il a précisé que le contenu de la liste, c’est-à-dire le nombre de produits et les familles thérapeutiques concernées, sera communiqué ultérieurement. Le travail a été confié à un comité d’experts. En avril, le ministre a installé une commission multidisciplinaire de 21 membres, présidée par le professeur Amar Tbaibia, regroupant des représentants de la défense, de l’enseignement supérieur, de la santé, du travail et de la sécurité sociale, ainsi que d’institutions nationales comme l’ANPP, la Pharmacie centrale des hôpitaux, l’Institut Pasteur et le Centre national de pharmacovigilance. Les membres ont été désignés par un arrêté du 19 avril 2026 et leur mandat dure trois ans, renouvelable une seule fois.
La disponibilité des traitements reste un point de vigilance. M. Belkacemi assure qu’un dispositif de veille associant plusieurs institutions et partenaires socio-économiques suit déjà les tensions d’approvisionnement. Le 12 mai dernier, M. Kouidri avait d’ailleurs reçu à Alger des opérateurs pour souligner la nécessité d’assurer un approvisionnement régulier du marché en médicaments.
L’enjeu industriel est considérable. Le pays compte plus de 230 établissements de fabrication et représente, selon l’APS, plus de 200 unités de production pharmaceutique et de dispositifs médicaux, soit près d’un tiers du tissu industriel pharmaceutique africain. Cette capacité impose de réduire la dépendance aux matières premières importées. Plusieurs projets sont engagés, notamment à Batna pour le paracétamol, dans les anticancéreux et à Médéa, où Saidal modernise ses installations destinées aux matières premières antibiotiques. Le ministre avait aussi annoncé la réalisation d’un usine de production de matières premières pharmaceutiques à Sidi Bel-Abbès, en appelant les acteurs économiques publics et privés à investir pour réduire la facture d’importation. « Nous devons être toujours préparés », a insisté M. Belkacemi, en référence à la pandémie de Covid-19 et aux risques épidémiques persistants en Afrique.
Sur le terrain diplomatique, la coopération pharmaceutique se multiplie. Le ministre a évoqué avec l’ambassadeur du Zimbabwe les perspectives d’exportation de produits pharmaceutiques algériens vers ce pays et la création d’un partenariat industriel. Avec l’ambassadeur d’Éthiopie, il a abordé, selon l’APS, des partenariats stratégiques entre opérateurs pour le transfert de technologie, dans le sillage de la « Déclaration d’Alger » issue de la conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments. Le Koweït a aussi manifesté, par la voix de son ambassadeur, sa volonté de renforcer la coopération dans la production pharmaceutique et de fournitures médicales.
Entre ces ambitions et les chiffres, l’écart reste net : 84 % du marché national couvert d’un côté, 46 millions de dollars exportés en 2024 de l’autre. Le label OMS et la liste des médicaments essentiels seront les deux jalons à surveiller d’ici la fin de l’année.
T. Feriel
