Le caftan à l’UNESCO : La victoire algérienne

Le caftan est bien plus qu’une simple tenue : c’est une mémoire vivante de traditions, de savoir-faire et d’identité qui se transmettent de génération en génération en Algérie depuis des siècles.
L’inscription des “rites et savoir-faire artisanaux associés à la tradition du costume nuptial de Tlemcen” sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO en 2012 inclut de manière documentée le caftan porté lors des mariages traditionnels tlemcéniens, attestant la profondeur historique de cette pratique dans le pays. Cet élément a été validé par l’UNESCO selon les procédures de la Convention de 2003.
Plus récemment, le 4 décembre 2024, un nouveau dossier algérien intitulé “Costume féminin de cérémonie dans le Grand Est algérien : savoirs et savoir-faire liés à la confection et à la création de bijoux- Gandoura et Melhefa” a été inscrit par l’UNESCO, mettant en lumière non seulement la gandoura ou la melhefa, mais aussi le caftan comme partie intégrante de ces traditions vestimentaires et artisanales.
Réunie ce jeudi à New Delhi, la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a confirmé, de manière explicite, la primauté de l’Algérie dans l’inscription du caftan comme élément essentiel de son patrimoine culturel. L’Algérie a obtenu une confirmation explicite de la primauté de ce lien historique entre le caftan et son patrimoine culturel. Le ministère algérien des Affaires étrangères a déclaré que l’UNESCO a donné raison à l’Algérie, confirmant l’antériorité et l’évidence documentaire de l’inscription du caftan dans ses dossiers nationaux et réaffirmant sa place en tant qu’élément essentiel de l’identité culturelle algérienne.
Le caftan n’est pas le seul élément du patrimoine immatériel dont l’Algérie a été pionnière dans sa reconnaissance internationale. Le couscous, par exemple, a longtemps fait l’objet de débats régionaux avant d’être inscrit en 2020 par une candidature commune regroupant l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie et le Maroc. Cette démarche multinationale a été encouragée précisément pour éviter une appropriation exclusive et pour souligner le caractère maghrébin et partagé du couscous, tout en reconnaissant la place centrale qu’il occupe dans la vie sociale, familiale et festive algérienne.
Le raï, aujourd’hui célébré mondialement, est un autre jalon majeur de l’identité culturelle algérienne. L’UNESCO a inscrit ce genre de musique populaire, né à Sidi Bel Abbès et Oran dans les années 1920-1930, comme patrimoine immatériel en 2022, reconnaissant son rôle unique dans l’expression culturelle algérienne contemporaine.
Au fil des années, l’Algérie a ainsi accumulé plusieurs inscriptions à l’UNESCO qui reflètent la diversité et la richesse de son patrimoine : du costume nuptial de Tlemcen au raï populaire, en passant par les savoirs liés à l’Imzad des Touareg (élément partagé avec le Mali et le Niger), les rituels festifs du Sbou3 et de la Sebiba, et les traditions pastorales du Gourara.
Ce qui caractérise la démarche algérienne est sa constance à documenter factuellement chaque patrimoine immatériel, à le proposer avec l’appui des collectivités locales et des praticiens eux-mêmes, et à le défendre sur des bases historiques, ethnographiques et sociales solides. Loin des tentatives de communication politique ou des lectures réductrices, c’est cette rigueur documentaire qui a permis à l’Algérie d’inscrire plusieurs éléments avant beaucoup d’autres et de voir ces inscriptions validées par des experts internationaux.
Dans un monde où les identités culturelles sont souvent réduites à des slogans ou récupérées comme des marques commerciales, l’Algérie continue de rappeler que le patrimoine immatériel se construit dans les communautés, qu’il se transmet de mère en fille, d’artisan à apprenti, et qu’il ne peut être confisqué par des revendications nationalistes privées de fond historique. L’histoire culturelle algérienne, elle, reste documentée, reconnue et célébrée à l’échelle internationale.
O.A Nadir
