Pastèque « toxique » : La rumeur qui a sabordé le marché

Une rumeur évoquant plus d’une centaine d’hospitalisations liées à la consommation de pastèque a suffi, en quelques jours, à faire chuter les prix du fruit jusqu’à 40 dinars le kilo dans certaines régions, contre une fourchette normale de 95 à 130 dinars sur les marchés d’Alger. Or, selon les autorités locales, aucun cas d’intoxication n’a été enregistré dans les services d’urgence de la wilaya la plus citée par les publications virales, Batna, où la rumeur évoquait pourtant plus de 135 hospitalisations. Face à cette psychose alimentée sur les réseaux sociaux, le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national est monté au créneau ce jeudi pour rétablir les faits.
La crise intervient alors que la filière traversait déjà une année de surproduction exceptionnelle. Sur les marchés de gros, les ventes stagnaient depuis plusieurs semaines, indépendamment de toute question sanitaire, simplement parce que l’offre dépassait largement la demande — au point que des producteurs, notamment à El Tarf, se sont retrouvés à céder leur récolte à 100 dinars la pièce, une partie de la production finissant à la poubelle. C’est dans ce contexte déjà tendu que la rumeur d’intoxication est venue aggraver la mévente, provoquant une chute brutale et généralisée des prix de détail, observés ces derniers jours entre 40 et 80 dinars le kilo selon les régions.
Le foyer de la polémique se situe à Batna, où des publications non vérifiées évoquaient plus d’une centaine de personnes hospitalisées après consommation du fruit. Les autorités de la wilaya ont formellement démenti ces informations, affirmant qu’aucun cas d’intoxication n’avait été enregistré dans leurs services. L’Association algérienne de protection du consommateur et de son environnement (Apoce) a de son côté indiqué avoir eu connaissance de cas isolés d’intoxication, tout en précisant qu’ils étaient vraisemblablement liés aux conditions d’hygiène lors du découpage du fruit — vente à la découpe qui a justement été interdite depuis le mois de mai dans plusieurs wilayas, dont Constantine, Alger, Béjaïa, Bouira et El Ménéa, notamment en raison du risque de prolifération bactérienne sur la chair exposée à des températures avoisinant 35 à 40°C.
Le démenti officiel
Interrogé sur les ondes de la Radio algérienne, le directeur central au ministère du Commerce intérieur, M. Haridi, a affirmé qu’aucune alerte officielle des autorités compétentes ne mettait en cause la pastèque, rappelant que ce fruit est soumis au même dispositif réglementaire que l’ensemble des produits agricoles commercialisés dans le pays. Il a précisé que les cas d’intoxication ou de contamination dépendent de nombreux paramètres et ne peuvent être attribués automatiquement à un seul produit sans investigation approfondie, pointant notamment les risques liés à l’achat dans des lieux non contrôlés et à l’exposition prolongée du fruit au soleil après achat.
Le directeur de la qualité et de la protection du consommateur a apporté des précisions plus détaillées, assurant qu’aucune preuve matérielle n’avait démontré la toxicité des pastèques après plusieurs analyses menées sur des centaines d’échantillons. Il a rappelé que la sécurité sanitaire des aliments en Algérie s’appuie sur un réseau de 42 laboratoires actifs à travers les différentes wilayas du pays, relevant du Centre algérien du contrôle de la qualité et de la répression des fraudes, et a appelé les citoyens à la vigilance informationnelle, les invitant à vérifier la véracité des informations auprès des canaux officiels avant de les relayer.
Au-delà du démenti, l’épisode a relancé le débat sur la traçabilité de la pastèque. L’Apoce a réalisé un test de mesure des nitrates à l’aide d’un testeur numérique portable, tout en reconnaissant elle-même les limites méthodologiques d’une analyse portant sur un seul échantillon.
L’association a renouvelé son appel aux pouvoirs publics pour rendre obligatoire l’apposition d’une étiquette sur chaque pastèque ou melon, mentionnant la date et le lieu de récolte ainsi que le nom du producteur, et a plaidé pour un renforcement des contrôles sur l’utilisation des engrais, herbicides et insecticides, ainsi que pour des analyses systématiques des récoltes avant leur mise sur le marché.
Sur le terrain, producteurs et commerçants ont multiplié les initiatives pour rassurer les consommateurs, allant jusqu’à organiser des séances de dégustation publique du fruit, notamment sur le marché de Blida. Dans les marchés couverts d’Alger, plusieurs vendeurs interrogés assurent que leurs ventes n’ont pas été affectées, les prix pratiqués — entre 60 et 130 dinars le kilo selon les points de vente — restant dans la moyenne saisonnière malgré la persistance de la défiance chez une partie de la clientèle.
M. Salah
