Crimes coloniaux : De la mémoire aux tribunaux

Invitée de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Maître Amina Chemami, directrice du Centre d’appui à la technologie et l’innovation, professeure à l’École nationale supérieure de journalisme et avocate, est revenue sur les déclarations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors du Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, concernant la criminalisation des crimes coloniaux.
Selon elle, l’Algérie dépasse désormais le simple devoir de mémoire pour s’inscrire dans une démarche juridique internationale. « Il s’agit d’opérer le passage de la mémoire coloniale vers une qualification juridique universelle des crimes commis », a-t-elle affirmé, inscrivant cette question dans l’ère de la responsabilité internationale.
Pour Maître Chemami, le droit est devenu un levier stratégique. L’approche algérienne, fondée sur le droit international, privilégie la rigueur juridique à la confrontation politique. Elle repose sur trois axes : la documentation et la collecte d’archives (archives militaires, rapports officiels, témoignages documentés) ; la qualification juridique des crimes coloniaux selon des standards internationaux et l’internationalisation du dossier via les mécanismes africains multilatéraux, tels que la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples ou la Commission africaine des droits de l’Homme.
Elle a insisté sur l’importance de preuves solides : archives irréfutables, témoignages vivants, expertises démographiques, déplacements forcés et politiques de la terre brûlée.
Interrogée sur une éventuelle saisine de la Cour pénale internationale, elle a rappelé que les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le génocide sont imprescriptibles et relèvent de sa compétence. Les éléments réunis pourraient, selon elle, peser devant le bureau du procureur.
Au-delà de la réparation, même symbolique, Maître Chemami voit dans cette dynamique une évolution majeure : « L’Afrique passe d’un statut de victime à un statut de législateur international », a-t-elle déclaré, saluant le travail de la Commission de l’UA pour le droit international.
Elle a conclu en affirmant que le colonialisme ne doit plus être considéré comme un simple fait historique, mais comme un système organisé de domination, dont la reconnaissance juridique internationale constitue une étape décisive vers l’établissement d’une responsabilité pleine et entière.
Par ailleurs, et au terme du 39ᵉ Sommet de l’UA, plusieurs experts africains ont affirmé que l’Algérie est « historiquement et moralement qualifiée » pour conduire les efforts visant à criminaliser la colonisation en Afrique, en raison de son passé de résistance et de son rôle central dans le soutien aux mouvements de libération du continent.
L’expert éthiopien Moussa Shiko a déclaré que la question de la criminalisation du colonialisme n’est plus une simple thématique récurrente, mais un véritable agenda politique et juridique, porté notamment par l’Algérie.
De son côté, l’expert soudanais Mekki Elmograbi a souligné que l’Algérie, forte de son expérience de lutte et des sacrifices consentis pour son indépendance, dispose de la légitimité nécessaire pour mener ce processus.
Ch.G
