Politique climatique: La nouvelle feuille de route de l’Algérie

Réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 14 % d’ici 2035 sur ses seules ressources nationales, un objectif pouvant grimper à 31 % avec un appui international adéquat : c’est la trajectoire que l’Algérie vient d’inscrire noir sur blanc dans sa nouvelle contribution déterminée au niveau national (CDN), déposée le 24 juin auprès du secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ainsi que l’a annoncé lundi à Alger la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouthar Krikou.
Ce dépôt officiel a d’ailleurs été salué par la délégation de l’Union européenne à Alger et par l’ambassade d’Allemagne, dans un communiqué qui y voit une étape structurante de la politique climatique du pays, à un moment où l’Algérie cherche à concilier transition énergétique, développement économique et adaptation à des vulnérabilités climatiques déjà visibles.
L’annonce a été faite à l’occasion d’une journée d’information organisée par le ministère sous le thème « La contribution déterminée au niveau national : engagement et adaptation pour un environnement durable », en présence de la représentante de la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Baya Bensmaïl, ainsi que de la coordinatrice résidente du système des Nations unies en Algérie, Savina Claudia Amasari, aux côtés de représentants d’organisations onusiennes accréditées dans le pays.
Cette contribution constitue le document de référence qui fixe les orientations et les objectifs de l’Algérie en matière d’action climatique, notamment la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation aux effets du changement climatique, dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies et de l’Accord de Paris. Dans son intervention, Mme Krikou a insisté sur la volonté de l’Algérie de respecter ses engagements internationaux et de contribuer aux efforts mondiaux face aux changements climatiques et à leurs répercussions, selon une approche équilibrée avec les impératifs du développement national, réitérant son appel à la concrétisation des engagements internationaux relatifs au financement de l’action climatique, au transfert de technologie et au renforcement des capacités, afin de consacrer la justice climatique et de garantir une transition sûre vers des économies plus durables et plus résilientes.
Sur le plan technique, cette CDN 2026 s’appuie sur plusieurs chantiers structurants, au premier rang desquels un programme national de transition énergétique visant à produire 15 000 mégawatts d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, un objectif qui s’inscrit dans la continuité des avancées du cadre climatique algérien depuis 2015, marquées par la réforme du secteur énergétique et le lancement du Plan national climat.
Engagements internationaux
À ce volet énergétique s’ajoutent l’amélioration de l’efficacité énergétique, le soutien à une industrie bas carbone, ainsi que la promotion de l’économie circulaire et le développement de l’hydrogène vert, précise la ministre.
Le texte, conçu comme une feuille de route, accorde également une place particulière à l’adaptation aux effets des changements climatiques, à travers la lutte contre le stress hydrique par l’extension des projets de barrages, le dessalement d’eau de mer et la réutilisation des eaux usées, en parallèle du développement de pratiques agricoles résistantes à la sécheresse, du renforcement de la protection des infrastructures, de la gouvernance climatique et de la recherche scientifique, ainsi que de l’élargissement de la contribution du secteur économique, de la jeunesse et de la société civile à la réalisation des objectifs de l’action climatique.
Mme Krikou a souligné que le dépôt de cette contribution revêt une importance particulière puisqu’il intervient à l’approche de la 31ᵉ session de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP31), prévue en novembre prochain à Antalya, en Turquie, un rendez-vous où le continent africain plaide notamment pour une augmentation des financements dédiés à l’adaptation climatique, en particulier dans les secteurs de l’eau et de l’agriculture, ainsi que pour des mécanismes de soutien privilégiant les subventions. L’Algérie y présentera sa vision, ses engagements et ses propositions dans le cadre des négociations et consultations relatives à l’action climatique, a ajouté la ministre.
De son côté, Mme Benyasmine a affirmé que cette contribution nationale reflète la volonté politique de l’État de renforcer l’action climatique à travers l’adoption d’un modèle de développement durable et à faible empreinte carbone, soulignant l’importance majeure de ce document qui accorde une priorité à l’adaptation aux effets des changements climatiques, notamment dans les domaines de la sécurité hydrique, de l’agriculture et de la protection des écosystèmes. La coordinatrice résidente du système des Nations unies en Algérie a, pour sa part, qualifié la contribution algérienne d’étape importante dans le renforcement de l’ambition climatique du pays, reflet des efforts qu’il a consentis dans ce domaine, réitérant l’engagement du système des Nations unies à continuer d’accompagner l’Algérie dans la traduction de ses engagements climatiques en politiques et en investissements, à travers une coopération étroite entre les différents acteurs.
T. Feriel
