Raja Bechichi, chanteuse, à Algérie Presse : « J’aimerais conquérir le public algérien »
Entretien réalisé par O.A Nadir

Née à Souk Ahras, Raja Bechichi est auteure-compositrice-interprète. Diplômée en musicologie de l’Institut national supérieur de musique d’Alger, où elle découvre également le cinéma et le théâtre, elle quitte l’Algérie et arrive en France à la fin de l’année 2022. Elle y multiplie les concerts et affirme progressivement son projet artistique. Tout en restant profondément attachée à sa terre natale, son univers musical voyage d’un continent à l’autre et tisse des liens entre les cultures. Héritière de la philosophie d’al-Andalus, fondée sur le partage et la rencontre des mondes, elle propose un renouveau de la musique arabo-andalouse à travers les époques.
Dans cet entretien, Raja Bechichi revient sur les étapes marquantes de son parcours, son rapport au patrimoine musical algérien et l’influence de l’exil sur sa création. Elle évoque également ses prochains projets musicaux et son rêve de se produire devant le public algérien.
Algérie Presse : Comment est née votre passion pour la musique et quelles ont été les étapes marquantes de votre carrière ?
Raja Bechichi : Comme je dis souvent, ce n’est pas moi qui ai choisi la musique, c’est elle qui m’a choisi, je n’avais pas à la base le rêve de devenir une chanteuse, mais à chaque fois je me trouve dans une situation où seule la musique me sauve. Pour commencer c’est ma mère qui m’a inscrite à l’Institut nationale supérieur de la musique à Alger, c’est là que j’ai découvert la musique, les musiciens, mais je n’osais pas encore chanter ou composer. Après mon diplôme je suis partie en France pour continuer mes études de musicologie, les débuts n’étaient pas toujours faciles car difficile de travailler en parallèle pour une étudiante algérienne sans autorisation de travail… Puis un soir, à la suite d’une jam-session, j’ai rencontré des musiciens avec qui très vite nous avons commencé à avoir de nombreux concerts un peu partout en France, là aussi c’est la musique qui est venue me chercher et m’a sauvée.
Des souvenirs marquants, il y en a plusieurs, mais je me souviens la première fois que j’ai chantée en arabe devant un public français et qu’il a aimé, cela a été une révélation. Aussi lorsque j’ai commencé à écrire, composer des chansons.
Comment faites-vous dialoguer le chaâbi, la musique arabo-andalouse et vos autres influences dans vos créations ?
Avant en Algérie, pendant longtemps, on appelait un chanteur « le maître », c’était une source de savoir, puis tout a changé. J’ai la volonté de piocher dans les œuvres de tous ces maîtres et faire revivre ces musiques, avec des sons d’aujourd’hui et un langage musical plus universel. Je tiens aussi à travailler avec des musiciens d’origines, d’horizons divers, avec des réflexes différents c’est enrichissant et crée quelque chose de nouveau. C’était ça aussi la philosophie de l’arabo-andalou, qui a mélangé plusieurs styles suite à la rencontre de différentes cultures.
Quelle place occupent l’Algérie, la mémoire et l’exil dans votre parcours artistique et votre
musique?
L’exil a renforcé mon amour pour l’Algérie, il faut parfois s’éloigner pour mieux apprécier la beauté et se rendre compte de la valeur des choses.
C’est une des causes qui m’a donnée encore plus envie de mettre en avant toute les richesses du patrimoine algérien et le faire connaître au monde entier.
Quelles sont vos ambitions pour la suite et comment souhaitez-vous faire connaître la musique algérienne auprès de nouveaux publics ?
Je prépare actuellement la sortie de plusieurs chansons pour 2027, elles ont été enregistrées il y a un an à Paris par un monsieur qui a enregistré et sonorisé les concerts de grands noms de la musique (dont Khaled!) puis mixées à Milan, en Italie. Un label français m’aidera pour la distribution et le marketing. Ma première chanson sera « Les oubliés », qui parle justement de l’exil, des migrants, des gens oubliés entre deux terres, entre deux destins et qui ont parfois dû faire de grands sacrifices.
Depuis quatre ans, je n’ai pas arrêté de faire des concerts partout en France, j’aimerai maintenant conquérir le public algérien et rêve de chanter en Algérie.
