Risques d’inondations meurtrières : L’Etat prend les devants

Trois morts et 33 blessés dans le renversement d’un autocar emporté par une crue subite à Djelfa, cinq personnes dont trois enfants noyées quelques mois plus tard dans la même wilaya et à M’Sila, des corps repêchés dans les oueds de Tamanrasset et de Naâma : les intempéries automnales et hivernales ont laissé, ces dernières années, une série de drames qui pèsent sur la mémoire collective des wilayas du Sud et des Hauts Plateaux. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports a annoncé, samedi, le déclenchement d’une série de mesures anticipatives et préventives à travers les wilayas du pays, en prévision des intempéries attendues à la fin de la saison estivale et au début de l’automne.
Ces mesures interviennent dans le cadre de la mise en œuvre des instructions ministérielles visant à renforcer les dispositions anticipatives et à élever le niveau de préparation face aux intempéries attendues avec la fin de l’été et le début de l’automne. Les wilayas du pays ont d’ores et déjà entamé un ensemble de mesures préventives à l’échelle locale. Les autorités locales ont ainsi tenu des réunions de coordination avec la participation des différents services et organismes concernés, au cours desquelles l’accent a été mis sur le niveau de préparation, l’évaluation de la situation au niveau des points sensibles et des points noirs, ainsi que l’arrêt des plans d’intervention en prévision d’éventuelles perturbations météorologiques.
Ce dispositif fait écho à une série d’épisodes dramatiques survenus ces dernières années. En septembre 2024, de violentes précipitations, atteignant localement 70 millimètres, avaient touché simultanément les wilayas de Tindouf, Béchar, Naâma, El Bayadh, Aïn Sefra, Tamanrasset, Illizi, El Oued, Sidi Bel-Abbès, Ghardaïa et Saïda, provoquant la mort de plusieurs personnes emportées par les crues d’oueds, notamment à Tamanrasset et Naâma, et coupant plusieurs axes routiers, en particulier à Béchar.

Coordination, évaluation et intervention

Le bilan s’était encore alourdi les jours suivants, avec quatre corps supplémentaires repêchés dans les wilayas de Tamanrasset, Naâma et Béchar, portant le nombre de victimes à six en 48 heures dans le Sahara.
L’année suivante, en mai 2025, un nouvel épisode avait particulièrement frappé Djelfa, où une montée soudaine des eaux avait provoqué le renversement d’un autocar, causant la mort de trois personnes et faisant 33 blessés, tandis qu’un adolescent de 13 ans succombait après avoir reçu des grêlons sur la tête ; l’Office national de météorologie avait alors placé plusieurs wilayas des Hauts Plateaux et de l’Ouest en vigilance orange. Quelques mois plus tard, en septembre 2025, cinq nouvelles victimes, dont trois enfants âgés de deux à cinq ans, avaient péri à Djelfa et à M’Sila, emportées par la crue de plusieurs oueds voisins, un drame qui avait ravivé les appels à une prise en charge durable des risques climatiques dans ces régions. Les experts de l’Office national de météorologie rappellent régulièrement que le quart Sud-Ouest du pays, notamment Tindouf, Tamanrasset, le Hoggar et le Tassili, connaît des régimes pluviométriques exceptionnels rendant les oueds particulièrement imprévisibles, passant du filet d’eau inoffensif à la crue dévastatrice en quelques heures. Ces événements, bien que d’une ampleur moindre que la catastrophe de Bab El-Oued du 10 novembre 2001, qui avait fait 764 morts, 432 blessés et 125 disparus, continuent d’alimenter la vigilance des pouvoirs publics face à la vulnérabilité croissante des agglomérations traversées par des cours d’eau, y compris dans le grand Sud.
Les services concernés ont entamé des opérations de nettoyage et d’entretien des avaloirs, des bouches d’évacuation des eaux pluviales, des réseaux d’assainissement, des oueds et des cours d’eau, outre la levée des obstacles et le traitement des lacunes relevées, à même d’assurer la fluidité de l’écoulement des eaux et de limiter les risques d’accumulation et de montée des eaux. Dans le même contexte, il a été procédé à la mobilisation et à la réquisition des moyens humains et matériels, ainsi qu’au renforcement de la coordination entre les différents secteurs et services, tout en garantissant la rapidité d’intervention en cas d’urgence, notamment au niveau des zones et des points exposés aux risques d’inondation.
G. Salima

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