Session de formation au profit des journalistes: Crises sanitaires et diffusion de l’information

A l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, plus d’une quarantaine de journalistes spécialisés dans le domaine de la santé et l’industrie pharmaceutique étaient invités à délaisser un instant les salles de rédaction pour un atelier de réflexion… sur eux-mêmes.
NHS Mediacom, en partenariat avec les Laboratoires Frater Razes, a organisé hier une session de formation sur un thème aussi essentiel que délicat : « Le rôle des médias dans la diffusion de l’information liée au secteur de la santé ». Une thématique qui, à l’ombre des pandémies, prend un relief particulier. L’événement se tient aussi dans un contexte mondial où la qualité et la fiabilité de l’information sanitaire sont devenues des enjeux de santé publique.
Le professeur Zoubir Sari, médecin interniste, a ouvert la séance avec une intervention sur « La contribution des médias dans la prévention et l’information sanitaire à l’heure du concept One Health ». Une approche intégrée qui considère la santé humaine, animale et environnementale comme indissociables. En clair : pas de lutte efficace contre les pandémies sans regard croisé sur les écosystèmes, la faune, les modes de consommation et l’urbanisation galopante.
Les journalistes, insiste-t-il, ont un rôle majeur à jouer dans la sensibilisation à ces enjeux. En vulgarisant les données scientifiques, en donnant la parole aux chercheurs et en expliquant simplement les risques liés aux zoonoses, à la résistance aux antimicrobiens ou à la déforestation, la presse peut transformer une audience passive en société informée et donc responsable.
Le professeur Issam Frigaa, chef du Centre d’Hémobiologie et de Transfusion sanguine du CHU Mustapha, et président du Conseil scientifique de l’Agence nationale du sang, a enfoncé le clou avec une formule sans appel : « L’information peut sauver des vies, mais elle peut aussi en mettre en danger. »
Dans sa conférence « Le rôle des médias dans les crises sanitaires : informer sans déformer », il est revenu sur la pandémie de COVID-19 comme cas d’école. Dans de nombreux pays, les médias ont contribué à apaiser les peurs, à expliquer les gestes barrières, à diffuser les bons messages. Mais ils ont aussi — parfois — relayé la panique ou amplifié les discours contradictoires.
Des études scientifiques abondantes existent sur le sujet. Certaines compilent plus de 5 000 références internationales. Problème : l’Algérie y est peu, voire pas, représentée. Frigaa y voit un manque criant de documentation locale, mais aussi une opportunité. Le pays, touché plus tardivement que d’autres, a pu apprendre des erreurs de ses voisins. Résultat : une communication plus posée, et une population globalement réceptive. Même si, concède-t-il, les réseaux sociaux ont laissé la porte ouverte à de nombreux « faux experts », souvent plus populaires que compétents.
Entre l’idéalisme de l’information citoyenne et les réalités du terrain médiatique, il y a un gouffre mais pas insurmontable. La formation a permis d’en esquisser les contours. À charge, désormais, pour les rédactions de renforcer leurs compétences scientifiques, pour les écoles de journalisme d’intégrer ces thématiques dans leurs cursus, et pour les décideurs de soutenir des médias informés.
Car, au final, si la liberté de la presse reste un droit fondamental, elle s’accompagne d’un devoir impérieux : celui d’être à la hauteur, surtout quand la santé de tous est en jeu.
T. Feriel

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