Entre apaisement et provocations : Paris souffle le chaud et le froid

Au lendemain de l’entretien téléphonique entre Macron et Tebboune, le 31 mars 2025, qui semblait marquer un tournant dans la crise algéro-française, Paris continue de multiplier les attitudes contradictoires.

D’un côté, la France affiche une volonté de désescalade après huit mois de tensions inédites depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962.
De l’autre, la réception au Sénat français de Ferhat M’henni, chef du MAK, condamné en Algérie pour terrorisme, illustre une ambiguïté politique troublante des acteurs politiques hexagonaux. Cette dualité reflète une relation bilatérale minée par une double attitude de Paris. La capitale française souffle ainsi le chaud et le froid à l’égard d’Alger.
Pourtant, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, doit effectuer, demain, une visite officielle en Algérie pour un début de règlement des différends qui sont venus récemment contrarier le cours normal des relations bilatérales avec pour objectif de rétablir un « dialogue d’égal à égal ».
A cet effet, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf a reçu, ce jeudi, un appel téléphonique de Barrot. Au menu des échanges qu’aura ce dernier à Alger, figurent la reprise sans délai de la coopération sécuritaire, la réinitialisation immédiatement d’une coopération migratoire confiante, fluide et efficace qui permette de traiter de toutes les dimensions de la mobilité entre les deux pays dans une logique de résultats, la poursuite des travaux de la commission mixte d’historiens, la coopération judiciaire et les questions d’ordre économique.
En effet, l’appel entre les deux présidents a acté une « reprise sans délai » de la coopération sécuritaire et migratoire, suspendue depuis des mois en raison de divergences sur les OQTF et le soutien de Paris à la colonisation du Sahara occidental par le Maroc. Macron a également appelé à un « geste de clémence » envers le franco-algérien Boualem Sansal, condamné à cinq ans de prison pour atteinte à l’intégrité territoriale de l’Algérie.
Ces avancées symboliques masquent toutefois des contentieux persistants. La question du Sahara occidental reste une épine majeure, Alger rejetant fermement la position française favorable au Maroc. Par ailleurs, la coopération migratoire, cruciale pour Paris, reste suspendue à une collaboration sur les réadmissions. Alors que Macron tente d’apaiser, la réception de Ferhat M’henni par le Sénat français porte un coup bas à ses efforts.

La provocation du Sénat français

Le MAK, mouvement terroriste, est une menace à la souveraineté de l’Algérie. Son chef Ferhat Mehenni, condamné par contumace pour « terrorisme », incarne la tentative d’ingérence du trio Paris-Rabat-Tel-Aviv dans les affaires intérieures algériennes. Ce geste, initié par des élus français de droite, vise à répondre à des logiques politiciennes de chantage et de jeu trouble, notamment la pression du lobby sioniste et pro-makhzen et d’extrême droite, qui instrumentalise régulièrement les questions d’ingérences et de déstabilisation.
Cette dualité reflète les divisions au sein de l’échiquier politique français. D’un côté, l’Élysée prône la réconciliation, soulignant les « liens humains » et les intérêts stratégiques communs. De l’autre, certaines franges politiques, à l’image du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, utilisent un ton vulgaire, alimentant les tensions. Il est aussi à rappeler que le président du Sénat français Gérard Larcher s’était rendu récemment dans les territoires sahraouis occupés pour manifester son soutien au régime colonial du Makhzen, transgressant ainsi le droit international dont son pays est pourtant censé garant en sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Cependant, la basse manœuvre malsaine du Sénat français rappelle qu’en France, la politique algérienne reste un champ de bataille contradictoire. Pour Alger, ces contradictions renforcent la méfiance. Le président Tebboune, tout en saluant Macron comme son « unique point de repère », dénonce une « cabale de l’extrême droite française ». L’Algérie n’ignore pas les provocations liées à des atteintes à sa souveraineté. La relation franco-algérienne navigue une fois de plus entre lueurs de réconciliation et réalités conflictuelles sur fond de jeu trouble des salons parisiens. Si le dialogue reprend, sa pérennité dépendra de la capacité de Paris à harmoniser ses discours et ses actes. Dans ce contexte, la visite de Barrot sera un test crucial : réussira-t-il à convaincre Alger que Paris peut concilier realpolitik et respect mutuel, ou confirmera-t-il que la France joue toujours un double jeu ?
G. Salima

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