visas d’importation : Plus de mille dossiers suspects

1013 opérateurs économiques se retrouvent dans le viseur du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, après la détection, par sa plateforme numérique dédiée aux programmes prévisionnels d’importation, de documents strictement identiques déposés par des centaines de dossiers censés être indépendants les uns des autres.

Selon un communiqué diffusé, hier mercredi, les mécanismes d’analyse et de recoupement automatique des données, appuyés par l’intelligence artificielle, ont mis au jour des correspondances qui touchent aussi bien les déclarations d’employés auprès des caisses de sécurité sociale que les extraits de rôle fiscal, les bilans comptables, les numéros d’identification fiscale ou encore les certificats délivrés par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement.
278 opérateurs ont ainsi déposé le même document de déclaration de travailleurs salariés, 277 le même document pour les non-salariés, 240 le même extrait de rôle fiscal, et 60 le même bilan comptable ; à quoi s’ajoutent 56 numéros d’identification fiscale identiques, 38 listes de biens éligibles aux avantages fiscaux dupliquées, 25 certificats d’enregistrement partagés, 25 relevés d’identité bancaire communs et 14 dossiers reprenant les mêmes pièces du programme complémentaire d’entreprise.
Le ministère précise que les opérateurs concernés seront convoqués pour produire les documents originaux, dans le but de vérifier leur authenticité et leur conformité aux pièces délivrées par les organismes habilités, d’en retracer l’origine et d’établir les circonstances de leur utilisation. Toute infraction avérée à l’issue de cette vérification exposera les opérateurs mis en cause aux mesures légales prévues par la réglementation en vigueur.
Cette annonce intervient alors que le même mécanisme – le visa des programmes prévisionnels d’importation – a déjà valu au ministère l’un de ses dossiers judiciaires les plus lourds de l’année écoulée. L’affaire, révélée en septembre 2025 à la suite d’un signalement transmis aux services de recherche de la Gendarmerie nationale, avait débouché sur la mise en cause de 21 prévenus, dont six fonctionnaires du ministère, cinq d’entre eux des femmes, ainsi que plusieurs opérateurs économiques. L’enquête avait démarré après la saisie du téléphone d’une rédactrice affectée à l’annexe du cabinet du ministère, dont l’expertise technique avait révélé des échanges WhatsApp évoquant l’octroi de facilités dans le traitement de dossiers d’importation contre des avantages indus, avec des commissions pouvant atteindre 25 millions de centimes. 17 des prévenus avaient été placés en détention provisoire, avant que le tribunal de Bir Mourad Raïs ne prononce, en première instance, des peines allant de l’acquittement à sept ans de prison ferme.
Le rapprochement entre les deux dossiers éclaire la logique de la démarche annoncée ce mercredi. Là où le scandale de 2025 mettait en cause des agents du ministère accordant, moyennant rétribution, des visas favorables sur des programmes prévisionnels manifestement irréguliers, le déploiement d’une plateforme d’analyse automatisée s’apparente à une réponse structurelle destinée à limiter la marge d’appréciation humaine dans le traitement de ces dossiers, en confiant le repérage des anomalies à un système de recoupement algorithmique difficile à contourner par la voie de complicités internes. Reste à savoir si les investigations annoncées sur les 1013 dossiers suspects déboucheront, comme pour l’affaire de 2025, sur des poursuites judiciaires, ou si elles se limiteront à des régularisations administratives pour les opérateurs de bonne foi dont les dossiers auraient été traités par des intermédiaires peu scrupuleux utilisant les mêmes gabarits de documents.
G. Salima

Bouton retour en haut de la page