Sukuk souverains : Un marché en pleine expansion

Les Sukuk souverains, introduits dans la loi de finances 2025 récemment signée par le président Abdelmadjid Tebboune, constituent un nouvel outil destiné à diversifier les sources de financement des infrastructures nationales tout en réduisant la pression sur le Trésor public.
Ces instruments financiers islamiques, basés sur la copropriété des investisseurs dans les bénéfices des actifs ou projets, se différencient des obligations conventionnelles, qui reposent sur des prêts à intérêt. Avec cette initiative, le gouvernement algérien ambitionne d’élargir les opportunités d’investissement tout en renforçant l’inclusion financière par le biais de la finance islamique.
Selon Yazid Benmouhoub, directeur général de la Société de gestion de la Bourse des valeurs (SGBV), les Sukuk souverains joueront un rôle clé en tant que produits financiers novateurs, contribuant à la fois au financement des investissements publics et à l’augmentation des échanges sur le marché des valeurs mobilières.
Le règlement général récemment approuvé par la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (COSOB) a ouvert la voie à la création d’un marché spécifique aux Sukuk souverains, parallèle aux obligations conventionnelles actuelles. Ce développement s’accompagne d’un amendement au Code du commerce pour permettre aux banques islamiques, institutions financières et compagnies d’assurance Takaful d’investir dans ces instruments.
Sofiane Mazari, président de la commission de finance islamique de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF), a salué cette étape comme un tournant stratégique pour soutenir des projets nationaux majeurs grâce à des mécanismes conformes à la charia. Selon lui, les Sukuk souverains permettront de mobiliser des financements importants pour des infrastructures telles que routes, hôpitaux et écoles, favorisant ainsi la croissance économique et la création d’emplois.
Avec une croissance de 24 % en 2023 et une taille estimée à 800 milliards de dinars, le secteur de la finance islamique en Algérie dispose d’un potentiel important. Mohamed Boudjellal, expert en finance islamique, a souligné que les Sukuk offrent une alternative peu coûteuse par rapport aux obligations conventionnelles, car les rendements perçus dépendent de la rentabilité des projets financés.
De plus, leur introduction contribuera à atteindre une inclusion financière accrue, mobilisant les épargnes et réduisant la dépendance de l’État à l’endettement extérieur, une priorité pour préserver la souveraineté économique.
La loi de finances 2025 prévoit des exonérations fiscales attractives pour encourager l’adoption des Sukuk souverains, notamment l’exonération de l’impôt sur le revenu global (IRG) et de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS) pendant cinq ans et l’exonération des droits d’enregistrement et de publicité foncière pour la même durée.
Le ministre des Finances, Laaziz Faid, a précisé que cette initiative vise à réduire la dépendance aux recettes fiscales et aux emprunts traditionnels, tout en attirant une diversité d’investisseurs, y compris ceux issus des marchés obligataires conventionnels.
La mise en œuvre de ce nouvel instrument repose sur la création d’un cadre législatif et réglementaire rigoureux. À cet effet, un appel d’offres international a été lancé par le ministère des Finances, avec le soutien de la Banque islamique de développement, pour accompagner le gouvernement dans l’élaboration et l’émission des premiers Sukuk souverains en Algérie.
Les Sukuk souverains sont appelés à devenir un pilier du financement des infrastructures nationales, tout en soutenant le développement de la finance islamique dans le pays.
Ch.G

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