Prolifération du Scolyte : Alerte ignorée, forêts en danger

La société civile d’Oran exprime sa stupéfaction face au retard persistant des services concernés dans le lancement de l’opération d’arrachage des pins contaminés par la scolyte, un insecte ravageur qui continue de dévaster les espaces forestiers de la wilaya et plus largement la région Ouest du pays.
Cette indignation est d’autant plus grande que, depuis septembre dernier, une délégation de la Direction générale des forêts, relevant du ministère de l’Agriculture, s’est déplacée à Oran, a dressé un constat alarmant et recommandé la mise en œuvre d’un dispositif d’urgence pour contenir la propagation du parasite. À ce jour, ces recommandations restent lettre morte, tandis que le scolyte poursuit sa progression.
Selon l’estimation 2024 de l’Institut national des recherches forestières, 50 % des pins des forêts d’Oran sont déjà ravagés par le scolyte. Un chiffre en constante augmentation, directement lié à un stress hydrique sévère qui dure depuis plus d’une décennie dans l’Ouest algérien, affaiblissant durablement les écosystèmes forestiers.
La situation est encore plus critique sur le mont Murdjajo, où près de 90 % des arbres seraient atteints, selon des estimations locales. Un seuil qui traduit un effondrement écologique quasi total de ce massif emblématique.
Alors que la gravité de la situation est reconnue à Oran, les opérations d’arrachage des arbres atteints ont déjà débuté dans la wilaya de Saïda, mais pas à Oran, suscitant incompréhension et colère parmi les acteurs associatifs et environnementaux locaux.
Cette différence de traitement interroge, d’autant plus que le facteur temps est déterminant dans la lutte contre le scolyte.
Les spécialistes rappellent qu’un écosystème forestier équilibré dans la région nécessite une moyenne annuelle de précipitations comprise entre 370 et 400 mm. Or, les chiffres de l’année dernière sont largement en dessous de ce seuil, n’atteignant même pas la moitié de cette moyenne.
Cette sécheresse chronique, combinée au réchauffement climatique, a provoqué ces dernières années la mort de milliers d’arbres, y compris des espèces réputées résistantes comme l’olivier. De vastes surfaces oléicoles ont ainsi été perdues, révélant l’ampleur du stress hydrique qui frappe la région. Dans ce contexte, les pins d’Alep, déjà fragilisés, deviennent des cibles idéales pour le scolyte, dont la prolifération est directement favorisée par l’affaiblissement physiologique des arbres.
La scolyte s’installe sous l’écorce, creuse des galeries et coupe la circulation de la sève, entraînant un dépérissement rapide et souvent irréversible. Les experts sont unanimes : sans arrachage immédiat des arbres infestés, la propagation devient incontrôlable.
Pour la société civile, chaque mois perdu aggrave une situation déjà critique. «Ce qui pouvait encore être contenu est en train de basculer vers l’irréversible», alertent plusieurs acteurs environnementaux.
Au-delà de la perte des arbres, c’est tout un équilibre écologique et paysager qui est menacé : biodiversité en recul, sols fragilisés, risques accrus d’érosion et dégradation durable du cadre de vie.
Face à ce constat, la société civile d’Oran appelle à une intervention immédiate, coordonnée et transparente : arrachage urgent des arbres infestés, mise en place d’un suivi scientifique rigoureux, et lancement d’un programme de reboisement adapté aux nouvelles réalités climatiques.
Car à Oran et dans l’Ouest algérien, préviennent les experts, le temps ne joue plus en faveur des forêts. Et si l’inaction persiste, le scolyte n’aura bientôt plus besoin de ravager : il ne restera plus rien à sauver.
Khaled Boudaoui
